Opinion

Aménagement du Flon, le risque d’un contrôle politique insuffisant

OPINION. La nouvelle esplanade du Flon, à Lausanne, a été inaugurée début octobre. La totalité de la surface est en mains privées. Une particularité qui inquiète l'urbaniste à la retraite Urs Zuppinger

Le 5 octobre dernier, à l’occasion de l’inauguration de l’Esplanade du Flon, Le Temps a consacré la première page de sa rubrique «Economie & Finance» à «la nouvelle vie du quartier du Flon». Le caractère élogieux et quelque peu lacunaire de cette présentation nous amène à réagir en exposant ci-après quelques inquiétudes.

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Tout d’abord, il est faux d’affirmer, comme écrit dans la partie consacrée à l’histoire du lieu, que la mésentente entre le propriétaire des lieux, LO-Holding, et la Municipalité, aurait retardé la transformation de la plateforme industrielle en une partie intégrante du centre-ville. En 1984, les deux s’étaient mis d’accord sur un projet qui aurait entraîné la disparition du patrimoine architectural hérité de l’ère industrielle au profit d’une cité d’affaires traversée en son milieu par un axe routier majeur.

Contestation citoyenne

C’est la contestation citoyenne, animée entre autres par notre association «pour un aménagement harmonieux du Flon», qui a permis d’empêcher cette issue et d’aboutir quinze ans plus tard, en 1999, à l’adoption d’un plan partiel d’affectation (PPA) sauvegardant la trame des constructions de l’époque industrielle et vouant la surface non bâtie de la plateforme pour l’essentiel aux piétons. Nous avons approuvé cette solution, persuadés qu’elle faciliterait l’intégration du quartier du Flon au centre-ville. Cette prévision s’est aujourd’hui concrétisée au-delà de nos espoirs: le centre-ville ne se limite plus au niveau des ponts, comme auparavant, mais englobe le fond de la vallée du Flon, du pont Chauderon au Pont Bessières.

Mais, contrairement aux auteurs du dossier publié dans Le Temps, nous regretterions que le quartier du Flon devienne le nouveau centre-ville de Lausanne, car il ne faut pas que son essor se fasse au détriment des autres quartiers du centre-ville.

Nous aimerions ensuite relever que la plateforme du Flon se distingue par une autre particularité: la totalité de sa surface est en main privée, propriété du LO-Holding auparavant et de Mobimo aujourd’hui. Les auteurs du dossier du Temps s’en félicitent. Quant à nous, cette particularité nous inquiète.

Opposition faible

Pour éviter le risque d’un contrôle politique et démocratique insuffisant sur l’essor du quartier, nous avions demandé, avant 1999 déjà, que les principes d’aménagement de la surface non bâtie de la plateforme figurent dans le PPA afin que leur application soit soumise au contrôle municipal. Face au refus d’entrer en matière du LO-Holding nous avons dû nous contenter d’un article réglementaire «garde-fou» qui fixe deux principes de base: a) les espaces non bâtis entre les bâtiments sont destinés à la circulation des piétons et b) n’y sont autorisés que des aménagements extérieurs et des ouvrages légers et de faible taille.

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Ces principes ont été respectés jusqu’à présent. Or, cet été, Mobimo a mis à l’enquête publique un projet à la rue de Genève 19 et 21 qui s’écarte manifestement des règles du PPA. En effet, ce projet prévoit d’une part la rénovation des deux bâtiments et des sous-sols de l’ensemble dit «Les Jumeaux» et d’autre part de fermer l’espace pour piétons entre les deux bâtiments par une verrière de onze mètres de haut, c’est-à-dire par un volume bâti important, alors que cet espace doit rester non bâti pour l’essentiel d’après le règlement du PPA.

Pour rendre juridiquement acceptable un tel projet, la société Mobimo aurait dû proposer une modification du PPA, avec les débats et les délais que cela aurait impliqués. Or elle s’est contentée de déposer une demande de permis de construire, sachant que, compte tenu de son emprise sur cette portion du centre-ville, les opposants seront peu nombreux et qu’il y aura, pour diverses raisons, très peu de recours en cas d’octroi du permis de construire par la Municipalité.

Conclusion: le fait qu’un propriétaire privé possède aujourd’hui une portion importante du centre-ville de Lausanne n’a pas que du bon…

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