Télévisuellement parlant, on a tous nos plaisirs coupables. Pour certains, ce sont les minauderies botoxées de Top Model ou les karaokés de N’oubliez pas les paroles. De mon côté, je suis une fidèle de L’amour est dans le pré. Allez-y, vous pouvez ricaner.

Quand on me demande pourquoi je regarde cette téléréalité sentimentalo-agricole, je réponds qu’elle me délasse. Que ces situations cocasses – des citadines découvrant les joies du vêlage en bottines – sont formidablement divertissantes.

Mais, avachie devant le dernier épisode de la 13e saison, j’ai réalisé que c’était la démarche de ces célibataires en salopette, prêts à s’exposer devant des caméras intrusives dans l’unique espoir de trouver l’amour, qui me touchait. Sans doute parce que j’y ai reconnu une ultime tentative de forcer le destin, destin qui n’avait pas fait son boulot de cupidon. Et pas besoin d’être céréalier en Picardie pour compatir.

Fitness et afterwork

On a tous rêvé d’une rencontre rocambolesque, sur un télésiège ou un vol transatlantique, façon téléfilms de l’après-midi. La faute à notre rythme de vie effréné ou à un manque de spontanéité? Toujours est-il que l’âme sœur ne nous est pas toujours servie sur un plateau d’argent. Et si, une fois les études terminées – «la plus grande agence matrimoniale», nous a-t-on répété –, on n’a pas trouvé chaussure à son pied, il y a de quoi se sentir floué, voire laissé pour compte. Surtout quand, bonheur, on est une femme et que le monde nous rappelle constamment que l’heure tourne.

Pourtant, rien de surprenant. Franchement: quelle est la probabilité de tomber sur quelqu’un nous plaisant en tous points, ou presque, dans notre seul quotidien? Une sur 562, ont calculé des chercheurs de l’Université de Bath l’an dernier. L’étude précise que, pour un jour donné, cette chance augmente de 15% en se rendant au fitness, de 16% en acceptant un verre après le travail et de 17%… si on mise sur la rencontre en ligne. Joli bond statistique.

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Tinder est régulièrement pointée du doigt, accusée de tuer la romance chez les jeunes. Je ne suis pas d’accord. Peut-être suis-je une millennial cynique, mais je vois l’amour comme une grande loterie. Tout le monde ne part pas avec les mêmes numéros. Plus qu’un chemin de traverse pour cas désespérés, ces applications représentent un coup de sac, une opportunité de mettre les chances de son côté. Un genre d’Amour est dans le pré… sans les bottines ruinées.


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Pour des Fêtes blanches...et vertes

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