Converser avec Christian Boltanski, artiste majeur côté scène et homme d’une gentillesse extrême côté ville, demande une attention de tous les instants. La pensée du Français est vive, labyrinthique, il passe d’une idée à l’autre, évoque dans un même élan le shintoïsme, la poésie, la Shoah, sa lutte contre la mort et l’oubli, le hasard auquel il croit et le destin qu’il réfute. L’autre jour, alors qu’il me parlait du collectionneur qui a acheté sa vie en viager, mais «regarder vivre quelqu’un, c’est ne pas vivre soi-même», voilà que le hasard s’est soudainement invité avec le surgissement d’une étrange créature bleue. Pas un Schtroumpf, plutôt une sorte d’alien plastifié avec en guise de visage un tube troué.