Revue de presse

Anémone est morte et elle vous emm…

Les médias rendent hommage à l’actrice et scénariste française disparue. Aussi drôle que tragique, elle a marqué les esprits par sa gouaille, sa haine du mâle dominant, ses coups de gueule et son inimitable franc-parler

«Anémone, actrice indépendante, populaire et cash»: voilà trois bons adjectifs choisis à la une de 24 heures pour résumer la personnalité de celle qui fut aussi scénariste à ses heures et qui, soudain dans la soirée de mardi, nous a «refait le sale coup» de Marielle il y a à peine une semaine. Elle en était un peu l’héritière, elle qui détestait «les cons» et se disait inquiète de la gouvernance du monde.


Pour ne pas l’oublier…


Dans l’hommage que lui rendent conjointement le quotidien vaudois et la Tribune de Genève dans leur édition imprimée, on lit qu’Anne Bourguignon, fille de café-théâtre et inoubliable Thérèse du Père Noël…, bénévole coincée à la permanence de SOS Détresse Amitié, «laisse derrière elle une bande de potes en larmes», ceux du Splendid, «mais aussi un grand public endeuillé» de cette figure drôle et émouvante, qui «se demandait […] ce qu’on pouvait lui trouver d’intéressant»…

Une modestie qui l’honore dans ce milieu du show-biz qu’elle avait fini par détester dès le tournant des années 1980-90, en ce monde qui la «gonflait», ce monde «trop con», avait-elle dit au Parisien dans un entretien resté dans les annales. Ce après que son rôle dans le formidable Grand Chemin de Jean-Loup Hubert (lire les critiques de l’époque dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne) eut séduit le cercle des Césars. Il en fit sa meilleure actrice en 1988 pour la prodigieuse performance, cette Marcelle sublimée dans son éclatant duo avec le revêche Richard Bohringer.

«Des rôles de jeune fille ingénue à ceux de grand-mère ronchonne, en passant par des rôles plus sensibles, Anémone a fait autant rire que pleurer», pour Europe 1. Une femme de «regrets», aussi, raconte Gala. «L’un d’entre eux? Avoir eu des enfants, dit-elle avec son franc-parler habituel. Son fils Jacob est né en 1979, d’une première relation, et Lily, fille de son actuel mari, est née en 1983.»

«Si elle ressent une véritable affection pour eux, elle avait toutefois affirmé ne pas avoir désiré ces maternités»: «Le premier est arrivé comme ça. Après, tout le monde m’est tombé dessus pour que je lui trouve un père, alors j’ai culpabilisé, j’ai visé un mec qui avait à peu près le profil. Un homme qui voulait lui aussi un enfant, à lui. J’ai donc dû en faire un deuxième, la mort dans l’âme.» C’était ça, son côté cash, aussi provocant que sa robe de mariée:

L’héritière loufoque du Mariage du siècle avait confié à France Culture qu’elle adorait «être actrice au début». Et puis, patatras, «à partir du moment où je suis devenue connue, ça a commencé à sérieusement moins m’amuser parce qu’on vous jetait le scénario à la gueule, les costumes aussi et on passait son temps à parler pognon, ce qui m’emmerde profondément. […] Le Festival de Cannes, toute la clique, ça m’a complètement coupé le plaisir. [Le théâtre et le cinéma], ça devient un peu pareil: pognon, entrées, audimat, machin… Fait chier.» Alors qu’elle avait ce talent-là, elle qui était souvent cantonnée à la clique des drôles:

Tous les acteurs comiques savent jouer dramatique, alors que l’inverse n’est pas vrai du tout. […] Le comique c’est deux opérations, on part du dramatique et puis on rajoute un petit truc, donc c’est fastoche d’en enlever une couche

Télérama l’avait rencontrée pour un entretien en 2017, Le Figaro en cite quelques morceaux choisis qui confirment cette vista: «J’ai dû me battre pour faire des rôles sérieux! déplorait-elle. Comme j’étais étiquetée comique, pour les gens, j’étais forcément moche. Et comme j’étais drôle, on me trouvait vulgaire. […] J’aurais adoré entrer à la Comédie-Française. Mais je n’étais pas du genre à tirer les sonnettes.»

Cette gouaille à la française, comme dans la voix de Piaf et le jeu d’Arletty, Anémone la cultivait presque sans le vouloir, «parfois lunaire, faisant preuve d’un sens de la repartie cinglant ou d’une très grande franchise», pour le HuffingtonPost.fr. «La comédienne a fait de chacune de ses apparitions sur un plateau de télévision un moment qui restera ancré dans les mémoires», toujours ingérable, comme on peut le voir dans ce florilège:

Dans le fond, elle a «bien ri durant une bonne partie de sa vie», aux yeux du Monde. Mais elle s’est aussi «engagée de nombreuses fois – particulièrement en faveur de l’écologie». Il faut dire qu’elle «était énervée contre pas mal de choses (l’économie de profit, le mondialisme, les enfants, les gens de droite, la gauche), avant de se sentir fatiguée, usée de combattre. Désespérée au point de souhaiter, ces dernières années, qu’on l’oublie.» Et détestant définitivement la domination des mâles, #MeToo bien avant l’heure, comme le disent bien ces mots confiés au Soir de Bruxelles en 2005:

Si l’économie politique était aux mains des femmes, ça irait beaucoup mieux. Les hommes n’ont pas le cerveau pour ça. La gestion de l’espace, ils peuvent. Mais pour le reste, ils nous mènent au désastre

Le Soir se souvient encore, cité par Courrier international, d’une interview en 1990, trente ans avant les «gilets jaunes», lors de laquelle l’actrice affirmait: «Si, un jour, dans la réalité, les pauvres appliquent les slogans imbéciles à la Bernard Tapie – la loi de la jungle et gna-gna-gna, c’est-à-dire que le plus fort gagne sans aucune morale – qu’on leur serine à tout bout de champ, on va arriver à une belle explosion de la société. Il y a un mur de Berlin entre les riches et les pauvres en Occident.»

«Anémone, c’était une géniale actrice», a enfin lancé Josiane Balasko sur RTL. Elle y évoque une femme «ravissante, avec beaucoup de charme et piquante» au début de sa carrière. Et de poursuivre: «Elle avait une sorte de folie. Parfois, ça nous faisait rire, car c’était extrême mais c’était une artiste qui avait une présence incroyable.» C’est ainsi que, pour Première, elle «a redonné un coup de fouet, voire ses lettres de noblesse, à la comédie populaire du dimanche soir». Mardi, «les plus de 40 ans ont perdu une petite part de leur jeunesse».


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