Revue de presse

Angela Merkel IV et sa coalition de perdants arrachée au forceps

Très affaiblie, la chancelière allemande a dû faire bien des concessions pour s’allier aux sociaux-démocrates du SPD. Les médias s’interrogent sur cet attelage brinquebalant que constitue «un gouvernement socialiste» dirigé par une démocrate-chrétienne

Cela a été laborieux: depuis les législatives de septembre 2017, près de cinq mois de tergiversations et de marchandages entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel et le Parti libéral-démocrate (FDP), puis le Parti social-démocrate (SPD). Mais la chancelière allemande – avec ses alliés bavarois de l’Union chrétienne-sociale (CSU) – a pu enfin saluer, sur les gencives ce mercredi, la perspective d’un gouvernement «stable» en Allemagne après son accord arraché au forceps avec la formation emmenée jusqu’alors par Martin Schulz.

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Si cette alliance coûte très cher à Angela Merkel, elle lui ouvre les portes d’un quatrième mandat au Bundeskanzleramt. D’ailleurs, Olav Gutting, un des députés CDU, a fait le buzz sur Twitter en écrivant: «Ouhlala… au moins, on garde la chancellerie!» Pour autant que les militants du SPD acceptent un deal très difficile à avaler pour eux: un choix à faire «entre la peste et le choléra», selon les témoignages recueillis par le Tagesspiegel.

Aussi est-ce le «soulagement» et une «chance», selon le Spiegel, que cette «GroKo-Einigung» en Allemagne, ce gouvernement Merkel IV. Pour le magazine de Hambourg, «les premiers ministères sont distribués. Les sociaux-démocrates hériteraient des Affaires étrangères, des Finances et du Travail […] et la CSU, avec son tonitruant et très conservateur patron, Horst Seehofer, obtiendraient un Ministère de l’intérieur enrichi d’un volet «patrie».» Tout cela, «dans la douleur», avec ce Heimatsministerium voulu par la CSU en forme de clin d’œil aux nationalistes de l’Alternative für Deutschland (AfD) qui percent un peu partout, explique la Berliner Zeitung. Merkel était prête à des compromis? Elle est servie.

Mais le leitmotiv qui parcourt ce jeudi la presse de la Bundesrepublik, c’est celui-ci: Merkel «a laissé aux sociaux-démocrates les ministères les plus importants et a ainsi créé le premier gouvernement du SPD dirigé par une chancelière de la CDU», comme on peut notamment le lire dans le Bild. Pour le (toujours très expéditif) quotidien populaire, «bien sûr, ce gouvernement peut aussi faire de bonnes choses pour le pays, mais la façon dont cela s’est produit ne fera qu’encourager le désenchantement politique. L’Allemagne ne se dote pas d’une grande coalition, mais d’une coalition de grands ego qui ont renoncé à toutes leurs convictions et à tous leurs grands mots, parfois extravagants, pour obtenir un poste.»

«Que reste-t-il de la CDU?» Merkel, répond ironiquement la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Sous-entendu: Merkel seulement. Mais «si les militants du SPD n’acceptent finalement pas cet accord, alors on ne pourra vraiment plus rien faire pour ce parti […] qui a obtenu bien davantage que ce qu’il pouvait espérer, vu son résultat électoral désastreux et l’équilibre des pouvoirs au Bundestag». Avec cette CDU également très affaiblie, ils forment une «coalition de perdants», en quelque sorte, comme on l’a beaucoup lu et entendu ces derniers jours. Une coalition qui est «aussi la créature d’une société qui se porte si bien dans l’ensemble» que la poursuite d’une alliance apparemment contre-nature «semble assez tolérable pour beaucoup». Ces liens éprouvés se sont «avérés finalement plus forts que la pire crainte des sociaux-démocrates: se trouver définitivement étranglés dans les bras d’Angela Merkel.»

«GroKo, Kroko»…

Die Welt n’y va pas non plus par quatre chemins: «Le gouvernement existe, mais il chancelle déjà. Merkel, Schulz et Seehofer se soutiennent comme trois vacanciers. La «nouvelle» chancelière a acheté son quatrième mandat, qui lui coûte très cher. […] De quoi prévoir un gouvernement fédéral de gestionnaires […] pour cette GroKo, dont le nom est sur toutes les lèvres 135 jours après les élections générales. Partout on entend: «GroKo, Kroko», […] comme si le pays et ses habitants ne prenaient pas leurs futurs dirigeants au sérieux. Et comme si les partenaires de la coalition ne prenaient pas leur projet au sérieux. On se parle comme entre enfants, comme dans les bandes dessinées.»

Un «contrat de méfiance»

Des «petits nains» politiques, en quelque sorte. Surtout sur le terrain de l’immigration, où la dissuasion constitue une «fausse priorité» pour Die Zeit. «Une des tâches les plus importantes et les plus difficiles ces prochaines années, c’est cette intégration de centaines de milliers de réfugiés qui pourrait être encore plus ardue à l’avenir. Beaucoup de gens n’auront plus la possibilité de trouver une protection en Allemagne.» D’où, entre autres raisons, ce contrat de confiance dont le Tagesspiegel fait un «contrat de méfiance».

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