revue de presse

Angela Merkel et le SPD s’accordent sur un projet de grande coalition

Accord conclu, donc, cette nuit, pour un gouvernement partagé entre la droite et les sociaux-démocrates. Mais reste à convaincre la base des militants du SPD. Ce qui ne sera pas forcément facile

C’est fait. Mais ça a duré. Plus précisément «jusqu’à 5 heures 31», ce matin, précise le Tagesspiegel. Alors, le chef de la fraction CDU-CSU, Michael Grosse-Brömmer (@MGrosseBroemer) , a twitté: «Knoten durch! Einigung erreicht.» («A l’arraché! Accord conclu.»). En ajoutant quelques minutes après, sans doute assez fourbu après le marathon: «Juste avant le lever du soleil» et «Bonne nuit».

Au cœur du Willy-Brandt-Haus, le siège du SPD à Berlin, la chancelière allemande, la conservatrice Angela Merkel, a conclu un accord de coalition dans la nuit de mardi à mercredi avec le parti social-démocrate (SPD), deux mois après sa victoire sans majorité absolue aux législatives, ont indiqué des responsables des différents partis. Cet accord entre les conservateurs (CDU/CSU) et le SPD doit encore être approuvé par les 474 000 militants sociaux-démocrates lors d’un référendum qui aura lieu au début du mois de décembre.

En attendant le feu vert…

Mais le résultat est incertain, et «le parcours encore long» jusque-là, explique la Süddeutsche Zeitung, qui en énumère les différentes étapes: «La coalition tient, mais tout reste encore ouvert», résume le Spiegel, qui souligne le fait que «les deux camps crient victoire». Cependant, «le marchandage autour du partage des ministères» représente encore un écueil important après cette signature d’«un compromis qui satisfait tout le monde», titre Die Zeit. Au cas où la base du SPD donnait son feu vert, Mme Merkel devrait être élue le 17 décembre par les députés du Deutscher Bundestag à la tête d’un gouvernement de «grande coalition», pour un troisième mandat de quatre ans.

«La finale» a été longue, elle a duré «dix-sept heures et demie», relève Die Welt, mais «les responsables politiques des deux fractions se sont lentement rapprochés». A midi ce mercredi, les trois artisans de l’accord – Angela Merkel pour la CDU, Horst Seehofer, triomphalement reconduit samedi à la tête des conservateurs bavarois de l’Union chrétienne-sociale (CSU), la branche bavaroise de la CDU, et Sigmar Gabriel pour le SPD – en présenteront les grandes lignes à la presse, indique la Frankfurter Allgemeine: «C’est la troisième fois que l’Allemagne sera gouvernée par une grande coalition» gauche-droite, précise-t-elle.

Steinmeier de retour?

Pour LaTribune.fr, «le très austère Wolfgang Schäuble, un proche allié d’Angela Merkel, devrait rester à la tête du Ministère des finances. Au sein du SPD, Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères entre 2005 et 2009, pourrait retrouver sa place. Le sort du président du SPD, Sigmar Gabriel, reste incertain, même s’il est assuré d’obtenir un poste élevé. On évoque à son sujet un Ministère de l’économie aux prérogatives élargies, mais il pourrait préférer mener son parti au Bundestag, la chambre basse du parlement.»

A ce propos, on lit dans la revue de presse francophone de la Deutsche Welle que l’Aachener Zeitung a évoqué «ce qui se passe en coulisses à Berlin, notamment en vue de l’attribution de futurs portefeuilles». Ella a notamment affirmé «sur un ton presque lyrique, que ceux qui aiment les drames shakespeariens, les intrigues et les guets-apens, les poignards dissimulés sous les habits, les humeurs du destin, les serments sincères et les sombres prophéties, alors ceux-là doivent trouver leur plaisir dans la pièce de théâtre qui se joue ces jours-ci dans la capitale allemande».

Un salaire minimum, un!

La grande coalition a un prix pour Focus, qui salue l’union avec un point d’exclamation – «Einigung!»: «L’ensemble des mesures sociales et investissements prévus dans le projet de «grande coalition» devrait représenter 23 milliards d’euros de plus, financés sans augmentation de la fiscalité», détaille l’AFP via France 24. Dans le panier négocié par la gauche, il y a «la création d’un salaire minimum en Allemagne de 8,50 euros de l’heure à partir de 2015», ce qui était la «mesure phare» du programme social-démocrate la condition sine qua non «à tout accord de coalition»; un plan d’amélioration des retraites pour les petits salaires et les mères de famille, ainsi que la possibilité d’un départ à 63 ans (au lieu de 67) pour les salariés ayant cotisé 45 ans; et une des revendications majeures du SPD, «la possibilité d’accorder une double nationalité aux enfants d’étrangers nés en Allemagne».

Les modalités de la création de ce SMIC d’outre-Rhin «font cependant que la situation ne changera guère pour les nombreux travailleurs pauvres d’Allemagne et les partenaires et néanmoins concurrents de Berlin à l’exportation», prévient Rue89. Qui énumère, parmi les autres points de l’accord, la «lutte contre la spéculation sur les matières premières, l’évasion fiscale des multinationales et l’optimisation fiscale des banques»; la «création d’un péage autoroutier pour les voitures étrangères, autre proposition de la CSU»; et le «plafonnement de la hausse des loyers lors d’un changement de bail».

Les militants SPD échaudés

Accord conclu, donc, mais reste à convaincre la base sociale-démocrate. Ce qui ne sera pas forcément facile, poursuit l’analyse de LaTribune. fr: «Echaudés par les effets électoraux désastreux pour leur parti qu’a eue la précédente coalition avec la CDU d’Angela Merkel entre 2005 et 2009 (pire défaite de leur histoire), il n’est pas assuré [que les militants du SPD] accordent leur soutien au texte.» Et en cas de rejet, alors? C’est simple, «soit l’Allemagne serait obligée d’organiser de nouvelles élections, soit l’hypothèse d’une alliance entre la CDU et les Verts, qui avait été rapidement abandonnée, pourrait être ranimée».

Les Badische neueste Nachrichten éprouvaient ces derniers jours «presque de la compassion pour les chefs des partis»: «A partir de montagnes de papiers et de projets sortis des négociations, ils avaient «la tâche ingrate de distiller un texte qui soit finalement acceptable par les trois partis.» Mais c’est fait. Jusqu’aux prochaines étapes. Il y a une vingtaine de jours, la grande coalition voulait aboutir «avant Noël».

Publicité