Charivari

Les anges de la voirie ou la bonté spontanée

OPINION. Maladroite, notre chroniqueuse a été sauvée par des nettoyeurs zélés. Elle se réjouit de ce geste gratuit et célèbre la gentillesse enjouée

Ils sont tombés du ciel. Comme des anges providentiels. Jeudi dernier, des employés de la voirie genevoise ont ensoleillé ma journée. La scène? J’étais, tiens donc, un peu pressée, et j’ai posé mes verres vides dans le panier de mon vélo en oubliant la fatale loi de la gravité. J’ai placé le sac à la verticale au lieu de le caler à l’horizontale et, évidemment, dès que j’ai roulé, des bouteilles et bocaux se sont fracassés sur la chaussée. Sur une piste cyclable, précisément, ce qui rend l’affaire encore plus délicate.

Rapidité, efficacité et sourire

Je m’apprêtais, penaude, à ramasser les débris de ma maladresse lorsqu’une camionnette s’est arrêtée dans mon dos et deux employés de la voirie en sont sortis en me disant qu’ils allaient tout nettoyer. Oui, oui, comme le maître d’hôtel d’un quatre-étoiles stylé! Rapidité, efficacité et sourire par-dessus le marché. Un des employés m’a même proposé de prendre mes verres vides pour les jeter dans le container prévu à cet effet. J’étais si épatée par tant de gentillesse gratuite que j’ai d’abord cherché les caméras – on est filmés? – avant de remercier par brassées mes chevaliers de la chaussée.

La ravie de la crèche

Et alors? diront les bougons. Ce genre d’épisode n’arrive qu’une fois par millénaire et ne représente pas le monde tel qu’il ne va pas. Sans doute. Ce coin de ciel bleu n’empêchera pas que des gamins se tuent sur les pistes ou sur la route, que des flics américains vident leurs chargeurs sur des soi-disant délinquants Noirs ou que des camions fous furieux fendent la foule innocente.

Mais la bonté spontanée a cette vertu: pour un temps, un temps seulement, elle rend le monde meilleur. Quand je suis remontée sur mon vélo ce jour-là, je ne roulais pas, je volais. Et j’ai pensé à ma chère grand-mère. Qui a connu la guerre, nourri les gars du maquis et dansé sur les tables à la Libération. Coquette et enjouée, elle me répétait: «Si tu souris à la vie, la vie te sourit, ce n’est pas plus compliqué!» J’adore et j’applique. Quitte à passer pour la ravie de la crèche ou la naïve de la cordée.

«L’intelligence est joie», dit Voltaire

D’ailleurs, cette association est fausse. La joie n’empêche pas la lucidité et les tristes sires ne sont pas tous des Sherlocks de la pensée. Bien sûr, Emil Cioran dit que «toute pensée dérive d’une sensation contrariée». Et l’on sait que souffrir fait grandir. Mais Voltaire rétorque: «Le savoir triste est un savoir mort. L’intelligence est joie.» J’aime mille fois mieux ça! Février est déjà un mois assez froid pour ne pas plus l’enténébrer… Soyez bons et souriez, vous n’êtes pas filmés!


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