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Anne-Catherine Lyon, conseillère d'Etat, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture
© CYRIL ZINGARO

Chronique masquée

Anne-Catherine Lyon et le délit de faciès

Au lieu de dérogations accordées à la tête du client, le sort d’Anne-Catherine Lyon devrait plutôt se jouer dans les urnes en 2017, quitte pour le PSV à ouvrir le jeu en présentant plus de candidats que de places disponibles au premier tour. Anne-Catherine Lyon peut perdre, mais ce sera alors une défaite à la loyale

«Gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge»: Anne-Catherine Lyon médite cet adage depuis qu’elle a fait savoir qu’elle voulait rempiler au Conseil d’Etat vaudois. Les manœuvres de ses camarades sont de plus en plus visibles. Il y a eu d’abord le procès en communication. Donner un scoop au «Matin Dimanche», sans prévenir préalablement les dinosaures socialistes est un acte impardonnable! Risible, venant de collègues de parti qui ne boudent jamais leur plaisir de paraître dans les médias. Puis, on a passé au procès d’authenticité en socialisme, car la patronne de l’école ne s’est inscrite au parti que peu de temps avant son entrée au gouvernement. Mais sortir cet argument qui sentait le formol n’était pas très sérieux; il a fallu trouver autre chose.

Difficile tout de même de l’attaquer sur son bilan politique, elle qui a pacifié l’école, géré la polémique du retour des notes sans casse majeure et mis fin à ce système honni de la voie supérieure à options qui déclassait les élèves les plus en difficulté. A ce jour, au sein du PSV, qui peut prétendre, de bonne foi, que le bilan de l’action d’Anne-Catherine Lyon est plus mauvais que celui de Pierre-Yves Maillard? Personne probablement. Interrogé par la télévision romande, Pierre-Yves Maillard n’est d’ailleurs pas tombé dans ce piège. Il a surtout dirigé son ire contre les Jeunes socialistes qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre!

Pour abattre Anne-Catherine Lyon

Pour abattre Anne-Catherine Lyon, il ne reste plus que le délit de faciès en raison de son style austère et froid. Face à Pierre-Yves Maillard, locomotive électorale, la patronne de l’école est effectivement en retrait, mais cette donne n’a rien de nouveau. Il en a toujours été ainsi. Faute de mieux, c’est bien cette carte que ses détracteurs tentent de jouer. La lettre ouverte des enseignants de Prilly, dont quelques signataires ont de solides relais dans les milieux médiatiques, a été adressée au moment le plus opportun à la rédaction de 24 heures. Difficile de ne pas y voir une manœuvre de telle ou telle papable à qui profiterait le crime. Or, à lire cette lettre, certains reproches des enseignants relèvent effectivement du fonctionnement du Département, mais l’essentiel des critiques se focalise sur la nouvelle loi scolaire qui peine à tenir ses promesses. Pourtant cette loi, résultat d’un subtil compromis au Grand conseil entre les deux bords politiques, a été soutenue par la majorité des Vaudois avec un corps enseignant largement acquis à sa cause.

Le jeu de «24 heures»

A quelques jours de la décision du congrès, le dilemme pour les socialistes vaudois reste donc entier. Accorder une dérogation à Pierre-Yves Maillard et pas à Anne-Catherine Lyon – l’hypothèse inverse relevant de la science-fiction – provoquera un festival de petites phrases et de règlements de compte sanglants. Circonstance aggravante pour le PS: la presse s’est engagée dans ce débat. Le Matin Dimanche juge «tordu» que les deux magistrats puissent être traités de manière différente, et L’Hebdo parle de «scandale sexiste» si cela devait se produire. Les deux journaux soutiennent fermement Anne-Catherine Lyon. A l’inverse de 24 heures, le quotidien vaudois ayant commencé à sonder les papables pour la remplacer.

Et si l’on se battait à la loyale?

La décision du congrès sera donc sous haute surveillance, et les socialistes devront laver leur linge sale en public, ce qui mettra à mal leur unité, quelle que soit l’intensité du recours à la langue de bois. Au lieu de dérogations accordées à la tête du client, le sort d’Anne-Catherine Lyon devrait plutôt se jouer dans les urnes en 2017, quitte à ouvrir le jeu en présentant plus de candidats que de places disponibles au premier tour. Anne-Catherine Lyon peut perdre, mais ce sera alors une défaite à la loyale… comme celle, ironie de l’histoire, qu’elle avait infligée à Francine Jeanprêtre en 2002. Elle vérifierait alors l’adage «celui qui a vécu par l’épée périra par l’épée».


Fabrice Guillot, le chroniqueur masqué du «Temps», porte un regard sans concession sur la politique vaudoise dans la perspective d’élections qui s’annoncent disputées.

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