Télévision

Des annonceurs lâchent Cyril Hanouna

Le canular homophobe de l’animateur de «Touche pas à mon poste» a choqué la Toile. Chanel, Decathlon ou encore la marque de chocolat suisse Lindt lui retirent leur soutien

Quelque 20 000 plaintes de téléspectateurs au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA): c’est le résultat du dernier canular homophobe de Cyril Hanouna, jeudi dernier sur le plateau de Touche pas à mon poste. L’animateur sulfureux pousse décidément toujours plus loin la provocation, l’humiliation gratuite, au nom du rire. Sa dernière mise en scène a suscité l’indignation du Web, bien au-delà des associations LGBT. Après les téléspectateurs, les annonceurs aussi déclarent vouloir boycotter l’émission diffusée sur la chaîne C8.

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Lindt suspend ses spots

Selon le site d’information BuzzFeed, une quinzaine de marques parmi lesquelles Chanel, Disneyland Paris, Decathlon, Petit Navire ou encore Bosch ne diffuseront plus leurs publicités durant l’émission. D’autres comme LU ou easyJet y songent. Contactée, la maison chocolatière Lindt fait savoir qu’elle suspend ses spots publicitaires et rappelle qu’elle «respecte la diversité et les valeurs éthiques, indépendamment du genre, de la religion ou des opinions politiques». Si l’animateur est déjà dans les radars du CSA depuis plusieurs mois, c’est la première fois que ses séquences poussent certains de ses partenaires à quitter le bateau. Que s’est-il exactement passé, ce soir-là, sur le plateau de l’émission spéciale TPMP baba hotline?

Piège en direct

Après avoir posté une annonce sur le site de rencontres Vivastreet, Cyril Hanouna a piégé en direct des hommes qui y répondaient. Au téléphone, il s’est ainsi fait passer pour un certain Jean-José, bisexuel qui «aime quand on [l]'insulte», à grand renfort de mimiques et de stéréotypes. Il a ensuite berné ses interlocuteurs pour amener la conversation sur un terrain sexuel, leur raccrochant brusquement au nez lorsqu’il ne pouvait plus contenir son rire. Le côté deuxième degré permanent, qui a fait le succès de l’émission, n’a cette fois pas passé. De «bête et méchant», le trublion du PAF devient dangereux.

L’association Le Refuge, qui soutient les homosexuels en détresse, dit sa consternation. «Particulièrement choqué», son président déplore des «propos crus et des blagues douteuses», qui «véhiculent une image dégradante des personnes homosexuelles en les réduisant à une caricature». Banaliser la violence homophobe, chercher le buzz à tout prix, quitte à jeter un inconnu en pâture aux rires du public, est inacceptable. Qui plus est sur une chaîne qui bat des records d’audience. Rabaisser un homme et s’en trouver ravi est la définition même de la persécution.

Dialogue de sourds

De son côté, l’animateur, farouchement défendu par ses «fanzouzes», dénonce un acharnement médiatique. A propos de son traquenard, il argue: «On peut dire qu’il n’était pas drôle, ou pas approprié, mais dire que je suis homophobe, ça, je ne peux pas l’entendre.» A la suite d’une émission de conciliation organisée vendredi, il s’enorgueillit sur Twitter: «Je suis heureux car grâce à cette mise au point bcp de gens ont découvert les valeurs d’égalité, de tolérance, de partage que défend @TPMP

Mais @vestalles s’indigne: «Humiliation, sexisme, homophobie, misogynie, méchanceté gratuite, pathos, clichés, attouchements. Tu es sûr de parler de ton émission, là?»

Tirer la prise

Face à un dialogue de sourds, cette énième polémique sera-t-elle celle de trop? Faudra-t-il que la liste des départs s’allonge pour provoquer une prise de conscience? Peut-être, d’autant que pour le journaliste de France Télévisions @thomassnegaroff, «ce n’est pas l’homophobie qui a fait fuir les annonceurs, c’est le scandale». A ce stade, un tel programme télévisé ne peut plus se légitimer. En attendant de savoir au nom de quoi les marques tournent les talons, il paraît urgent de tirer la prise.

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