I dä Beiz

Annulons les élections!

Ce qui se diten Suisse alémanique, par notre correspondante à Zurich

Tous les bureaux sont désertés en ce lundi après-midi. Il règne à Zurich une ambiance de fête foraine avec la profusion de stands de Würste et de ballons multicolores. Des silhouettes du Moyen Age se pressent pour rejoindre le défilé des notables, dont la parade débute à 15 heures.

Les festivités du Sechseläuten ont commencé depuis plusieurs jours. Alors que les médias suivaient frénétiquement le dépouillement des élections cantonales dimanche, il se dégageait des rues ensoleillées une atmosphère de carnaval avec le cortège des enfants vêtus de costumes traditionnels. Heureusement que la twittosphère – accaparée par les politiciens et les journalistes – nous rappelait que c’était jour d’élection!

A vrai dire, jamais les Zurichois s’en sont aussi peu souciés. Le taux de participation aux élections dimanche a atteint un seuil historique: 31,3% des citoyens en âge de voter ont rendu un bulletin pour choisir leurs conseillers d’Etat. Jamais, en un siècle, si peu d’habitants se sont mobilisés pour une élection cantonale dans la métropole alémanique.

Dans les cités entourant l’aéroport, le taux se révèle encore plus dramatique: à Oberglatt, au nord des pistes d’atterrissage, 19,6% des électeurs ont voté pour l’élection au Conseil d’Etat.

Le maire d’Opfikon – une commune dont le taux de participation a fléchi à 22% – a bien essayé d’user d’incitatifs, offrant des prix par tirage au sort, mais rien n’y fait. Les élections cantonales, ni proches des citoyens comme les communales, ni prestigieuses comme les fédérales, n’intéressent plus la population. Sie foutieren sich, comme diraient les Suisses alémaniques sans la moindre vulgarité.

Je compte un nombre considérable d’amis trentenaires, instruits, qui ne se rendent jamais aux urnes. Ils s’en moquent, ils n’ont aucune confiance dans le système et/ou ils ont des festivités le week-end.

Rien de nouveau sous le soleil, l’érosion de l’électorat se poursuit inlassablement. Mais jusqu’à quand? Une élection sera-t-elle encore jugée valable avec 15% de participation? Et 10%?

Même avec 5% de bulletins, les résultats sont validés, me répond le responsable des statistiques zurichois. «Il n’y a pas de seuil minimum.» Et c’est bien dommage. Annuler une élection faute de participation provoquerait un électrochoc salutaire dans notre démocratie. A moins que l’on introduise des amendes, comme à Schaffhouse. Mais infliger une peine pécuniaire de 6 francs pour motiver les électeurs, avouez que c’est consternant.

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