Nouvelles frontières

Les anti-OGM chinois se réveillent

Dans une lettre, 400 citoyens dénoncent les «empoisonneurs» et l’opacité du rachat du groupe bâlois

Il n’y a pas qu’en Suisse où la culture des OGM continue d’inquiéter. Après l’annonce du rachat de Syngenta par Chemchina pour un montant de 40 milliards de francs, un groupe de citoyens chinois a interpellé ses autorités: comment une société d’État peut-elle investir une pareille somme dans une entreprise qui met en danger la sécurité alimentaire du pays? Dans une lettre signée par 400 personnes, on peut lire que le rachat du groupe bâlois serait «désastreux»: «Si l’on ne peut stopper cette acquisition aujourd’hui, le peuple chinois et l'humanité dans son ensemble seront inévitablement empoisonnés». Les pétitionnaires demandent à être entendus par la Sasac, la commission d’Etat qui supervise les avoirs d’État. Un tel rachat «ne devrait pas être décidé par quelques personnes», explique dans la presse chinoise le leader de ce mouvement, Yang Xiaolu, connu comme un activiste anti-OGM de longue date.

Exemple suisse

Le plus étonnant dans cette histoire c’est qu’elle ait été publiée (en première page de la version anglaise du Global Times, journal proche du parti communiste), au moment même où Johann Schneider-Ammann effectuait sa visite d’État en Chine accompagné d’un membre du conseil d’administration de Syngenta, Christoph Mäder. Farouche partisan du rachat du champion suisse des OGM par les Chinois, le président suisse veut croire qu’une solution américaine (Monsanto) aurait été bien moins avantageuse, notamment pour la préservation des emplois à Bâle.

Dans sa lettre, Yang Xiaolu rappelle que la Suisse, sous pression de son opinion publique, a prolongé à plusieurs reprises un moratoire sur les OGM. La question des pesticides, des plantes génétiquement modifiées et de la sécurité alimentaire fait partie des rares débats qui débordent dans les médias chinois, y compris pour critiquer le pouvoir. Les OGM sont perçus comme un danger pour l’environnement par des Chinois par ailleurs traumatisés par les scandales alimentaires à répétition.

Feu vert pour les OGM

Jusqu’ici, seule une variété de coton génétiquement modifié et une autre de papaye avaient obtenu une autorisation d’exploitation en Chine. Cette semaine pourtant, les autorités chinoises de surveillance ont annoncé que la plantation de maïs sera «facilitée» dans le cadre du nouveau plan quinquennal. «Pourquoi devrions-nous rester sur le côté et laisser d’autres pays dominer ce secteur?», s’interroge dans les colonnes du Global Times Lu Baorong, un professeur des sciences de la vie de l’Université de Fudan (Shanghai). Pour Pékin, la bataille des OGM pourrait devenir emblématique de sa volonté de contester le leadership américain dans tous les domaines.

La lettre de ces 400 Chinois peut passer pour le combat d’arrière-garde d’une poignée d’individus prônant les cultures traditionnelles. Ils n’en sont pas moins en phase avec un vaste mouvement international qui lutte pour préserver la biodiversité. Or s’il est un domaine où l’opinion publique peut influencer le parti unique aujourd’hui, c’est précisément celui de l’environnement. On pourrait très vite entendre reparler de Syngenta en Chine.

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