Il n'en a pas l'air, mais Vladimir Poutine est un sacré farceur. «Où Oussama Ben Laden a-t-il trouvé refuge?» a demandé le président russe en conclusion de son entretien avec George Bush à Tsarkoïé Selo, avant d'insister, comme son invité, sur la primauté absolue à donner à la «lutte contre le terrorisme international», nouvel évangile des relations internationales.

Bush arrivait tout juste de Prague, où l'OTAN a accueilli sept nouveaux membres. Désormais paneuropéenne, l'ancienne Alliance atlantique s'est bien rapprochée de l'Oural. En d'autres temps, pas si éloignés, cette simple idée provoquait des crises d'épilepsie au Kremlin. On se souvient de la sortie de Boris Eltsine qui avait parlé en décembre 1994 à Budapest de «paix froide», parce que Bill Clinton entendait convier Tchèques, Polonais et Hongrois à la table de l'OTAN.

Huit ans plus tard, les alliés sont désormais 26, et la Russie n'a rien trouvé à y redire. Elle ne redoute ni la présence de troupes alliées en Estonie… à une grosse centaine de kilomètres de Tsarkoïé Selo, ni celle de porte-avions américains dans les ports roumains de la mer Noire. L'OTAN, une menace pour la Russie? Même les généraux de l'ex-Armée rouge ne font plus mine d'y croire.

A la logique post-guerre froide d'un apaisement permanent entre Moscou et Washington s'est substituée celle de la guerre mondiale contre la terreur imposée par l'Amérique. Poutine a vite compris tout l'intérêt qu'il y avait à s'aligner sur la pensée de son «ami» américain, que la menace globale incarnée par l'armée de l'ombre d'Oussama concerne ou non directement la Russie.

Main de fer politique et «pragmatisme» économique, le ton du dialogue américano-russe est désormais celui d'un mano a mano réinventé. Pour un peu, on y verrait presque la renaissance du binôme Kremlin - Maison-Blanche, débarrassé de l'encombrante tutelle OTAN contre Pacte de Varsovie. Il n'y a plus, entre Russes et Américains, de glacis stratégique ou de zones tampons (l'Europe). Seulement une formidable convergence d'intérêts, scrupuleusement cynique, sur le mode: mon pétrole de Sakhaline avec ristourne, en échange de ta passivité face à ma «méthode» tchétchène.

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