Editorial

Antonio Hodgers et Pierre Maudet, faux frères

EDITORIAL. Le Conseil d’Etat genevois a changé de président. Antonio Hodgers et Pierre Maudet étaient partis parallèlement à la conquête du pouvoir. Le premier remplace désormais le second à la plus haute fonction cantonale. La mesure pourrait ne pas suffire pour éteindre l’incendie né du voyage à Abu Dhabi

Il a fallu huit jours pour que la colère née de la trahison retombe et fasse place à l’action. Les mesures organisationnelles annoncées ce jeudi privent Pierre Maudet de la présidence du gouvernement cantonal. Elles auraient pu être prises le mercredi 5 septembre déjà. On n’est pas obligé de croire le désormais chef du Conseil d’Etat, Antonio Hodgers, lorsqu’il explique qu’aucun nouvel élément de l’affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi n’a été déterminant dans la décision de prendre des mesures supplémentaires. Mais ce serait négliger un aspect important de ce dossier que de ne pas écouter le Vert lorsqu’il souligne «l’aspect humain difficile de l’affaire».

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Pierre Maudet et Antonio Hodgers se connaissent depuis leur adolescence. Le premier a créé le parlement des jeunes de sa ville de Genève, au début des années 1990. Le second a siégé dans cette même instance, à Meyrin. Dix ans plus tard, le radical et le Vert ont mené ensemble une campagne victorieuse sur le droit de vote des étrangers au niveau communal. Les deux ont même noué un accord qui avait fait se déplacer le centre de gravité du Grand Conseil genevois alors qu’ils dirigeaient leurs partis respectifs.

Eteindre l’incendie médiatique

Depuis, les deux jeunes quadragénaires ont connu une ascension parallèle vers les sommets cantonaux, Pierre Maudet choisissant la voie exécutive municipale, Antonio Hodgers préférant d’abord emprunter un détour par le parlement fédéral. Ni frères ni amis, mais des politiciens qui savent s’entendre.

Si Antonio Hodgers et ses collègues du Conseil d’Etat se sont sentis trahis, on peut comprendre qu’ils aient choisi de laisser passer les jours pour digérer l’émotion. Les mesures annoncées préserveront-elles pour autant les institutions, priorité déclarée du Conseil d’Etat? En avançant, l’enquête du Ministère public touchera un nombre croissant de domaines d’activité du magistrat PLR. Inévitablement, des actes d’instruction créeront de nouveaux conflits. Les conseillers d’Etat le savent. Ils ajusteront les contours pour sauver les apparences.

La communication du jour avait pour but d’éteindre l’incendie médiatique. Mais depuis l’aveu du mensonge, le doute s’est insinué pour de bon. Il est d’autant plus puissant que l’affaire a pris, en quelques jours, une dimension nationale. A Berne, les élections fédérales se profilent déjà et la présidente du PLR s’est dite personnellement déçue de l’attitude de Pierre Maudet. Sans l’inviter directement à le faire, son parti semble spéculer sur un départ anticipé. Cette situation ne sera pas tenable à long terme.

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