Editorial

Apple lâche l’horlogerie, pas les poignets

La marque au fruit croqué abandonne ses modèles les plus luxueux pour se concentrer sur les fonctionnalités sportives. Pour autant, les horlogers suisses ne doivent pas se reposer trop vite sur leurs lauriers

Victoire! Un rayon de soleil a percé le ciel orageux qui plombe depuis des mois l’humeur des horlogers suisses de luxe. En dévoilant la deuxième mouture de sa montre connectée et ses nouveaux prix, Apple leur a envoyé un message réconfortant: elle se distancie de leurs plates-bandes.

Révolu, le temps du gadget en or massif qui permet de connaître le nombre de pas effectués dans la journée pour le prix d’une Audemars Piguet (un peu plus de 17’000 francs). Les deux principales améliorations de sa nouvelle montre (GPS intégré et résistance à l’eau) indiquent que ses produits s’adresseront surtout aux sportifs. Et le prix maximum de l’Apple Watch a été divisé par dix.

Connaissant le rôle toujours prescripteur de l’inventeur de l’iPod, il est cette fois certain que la bataille des montres connectées se mènera exclusivement sur les segments d’entrée de gamme. Les victimes potentielles de la marque au fruit croqué s’appellent donc Samsung, FitBit ou, en Suisse, Tissot. En revanche, Patek Philippe, Breguet ou Rolex n’ont plus de souci à se faire. Pour ces apôtres de la fine mécanique et de l’émotion, il y aura peut-être eu quelques infimes incertitudes mais le chapitre des smartwatches est en voie de se refermer. Une bonne chose de faite.

A moins que. Le diable, comme d’habitude, se cache dans les plus délicates complications. En parallèle à ses nouveaux produits, Apple a lancé une nouvelle application sobrement baptisée «Maison». Il s’agit d’une discrète entrée en force sur le marché de la domotique. Concrètement, votre Apple Watch est désormais capable de couper votre ventilateur, d’éteindre vos lampes et d’ouvrir la porte de votre garage (à condition, bien sûr, que tout cet univers soit connecté). Nous n’en sommes qu’à la préhistoire de l’Internet des objets mais Apple explore déjà une solution. Qui fonctionne.

C’est incontestable: demain, nous aurons besoin de terminaux autour desquels s’organiseront tous les objets connectés de notre quotidien. Dans cette optique, le poignet représente un carrefour des plus stratégique. Apple abandonne la bataille des montres de luxe? Ce n’est que pour mieux se préparer à celle qui visera le contrôle de nos avant-bras. Les horlogers suisses ne devraient pas crier victoire trop vite.


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