Enfant, il nous est tous arrivé de faire des rêves étranges. Moi, je paniquais à l'idée de compter parmi les rares survivants d'un quelconque cataclysme planétaire. A quoi j'aurais alors bien pu être utile, ne sachant rien construire de mes mains? Personne ne sait si Tim Cook a imaginé disposer un jour de la corne d'abondance quand il était gosse. Reste qu'aujourd'hui le formidable succès d'Apple atteint la dimension symbolique de l'objet mythologique.

L'entreprise américaine dépasse tout ce qui a été connu dans l'histoire de l'humanité en terme d'accumulation de richesse. A l'ombre du pommier de la prospérité, Apple pourrait s'arrêter de fabriquer des téléphones que l'argent continuerait de rentrer. Quand on a réussi à mettre en place un schéma pareil, autant dire que l'on peut faire des choses plus grandes encore.

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Les fantasmes des firmes stars

Les firmes stars de la technologie nous ont habitué à venir à bout de tous les mythes humains réputés indépassables. Grâce à nos smartphones, nous avons désormais les dons d'ubiquité, de télépathie, voire de voyance, le big data est passé par là en ce qui concerne la prédictibilité des individus. Quant à l'immortalité, Google et d'autres y travaillent.

Une fois cette dimension mythologique atteinte pour leurs clients - et la richesse perpétuellement établie pour eux - les dirigeants de ces firmes envisagent la vie différemment. Ils se lancent dans un grand dessein et aspirent à changer le cours de l'histoire. Le dirigeant d'Apple avec ses 800 milliards de capitalisation boursière, et ses 250 milliards de trésorerie, a tellement compris les règles du jeu qu'il se trouve en position d'en inventer un nouveau.

Washington, ou Mars

Il s'agit alors de se souvenir de sa motivation profonde. Chez ces entrepreneurs hors pair, il y a toujours un horizon à dépasser quand le commun des mortels, lui, ne voit que ses propres limitations (souvenez-vous de mon rêve). Mark Zuckerberg, par exemple, s'imagine déjà président des Etats-Unis. Certains veulent conquérir Mars (Jeff Bezos et Elon Musk) et d'autres transcender les lois de la biologie (Sergey Brin et Larry Page).

La suite de l'orientation d'Apple devrait donc dépendre de ce qui articule la motivation de Tim Cook. Sauf qu'il n'est pas le fondateur de la compagnie. L'homme le plus puissant du monde devrait sûrement réussir à construire un très grand bâtiment – le futur siège d'Apple – mais il ne parviendra vraisemblablement pas à dépasser une nouvelle frontière. Qui sait de quoi étaient peuplés les rêves du jeune Steve Jobs. 

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