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Après le 9 février: les lecteurs du «Temps» s’expriment

Le oui serré à l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», avec pour conséquence l’incertitude sur l’avenir des relations entre la Suisse et l’Europe, a suscité un abondant courrier, de même que la pique de Christoph Blocher contre les Suisses romands. Voici une sélection

Après la votation du 9 février, les lecteurs du «Temps» s’expriment

Le oui serré à l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», avec pour conséquence l’incertitude sur l’avenir des relations entre la Suisse et l’Europe, a suscité un abondant courrier, de même que la pique de Christoph Blocher contre les Suisses romands. Sélection

Blocher est mal intégré

Je me nomme Jean-Jacques Beljean. Avec les miens, je suis originaire de La Neuveville. Mes ancêtres, avant le XVe siècle, habitaient Gléresse (Ligerz), sur la rive nord du lac de Bienne. Comme Suisse de souche et patriote, j’estime que M. Blocher, dont les ancêtres étaient Allemands, peut retourner au Wurtemberg. Au fond […] il est un descendant d’immigrés et devrait être reconnaissant au pays qui a accueilli ses ascendants et ne pas souhaiter aux autres ce que les Suisses de l’époque n’ont pas fait à ses ancêtres. Je précise que je n’ai rien contre les Wurtembergeois, mon grand-père maternel venait de ce Land. A mon avis, M. Blocher ne s’est pas encore adapté à la Suisse, pays multiculturel, plurilingue, aux mentalités diverses, ce qui est une richesse reconnue des vrais patriotes. L’UDC devrait rapidement l’exclure de ses rangs, comme d’autres d’ailleurs, pour manquement au patriotisme. Par Jean-Jacques Beljean. Colombier (NE)

Trop attractifs? Adhérons!

Admettons avec la majorité du peuple que l’immigration sous ses différentes formes est un problème. Et la cause de cette immigration massive est l’attractivité phénoménale de la Suisse […]. Comment réduire cette attractivité avec le minimum de dommages et le maximum d’avantages? Tant que, vis-à-vis des pays européens et du monde, nous offrirons la confiture la plus sucrée, les abeilles des alentours et d’ailleurs choisiront prioritairement notre bocal. […]

Si la Suisse adhérait à l’UE, elle n’accomplirait que ce que la géographie, les parentés culturelles et l’identité des valeurs politiques fondamentales lui commandent de faire, tout naturellement. […] L’adhésion aurait un effet d’arasement qui nous mettrait à niveau avec les conditions des pays qui nous entourent. En partageant leurs règles, leurs conditions socio-économiques, leur monnaie, nous rentrerions dans le rang et ferions donc moins envie tout en gagnant en estime.

Cette mise à niveau entraînerait-elle un appauvrissement? Nous ne le croyons pas, en tout cas si nous raisonnons en termes de pouvoir d’achat et de qualité de vie. […] En quoi la qualité de vie de l’Autriche ou du Danemark, par exemple, est-elle inférieure à la nôtre? […] Par Jacques Janin, ancien directeur de la Chambre vaudoise d’agriculture. Cugy (VD)

La réponse de Tell à Gessler

Posons-nous la question des raisons qui poussent plus de la moitié de la population à suivre les idées du tribun zurichois, même s’il y a gros à parier que la plus grande partie des 50,3% de votants est aussi outrée par le discours anti-romand. Plus que jamais, M. Blocher est seul face à une classe politique qui manque de visions, d’idées et de détermination politique… Et c’est cela, au fond, que le vote de dimanche a sanctionné. Nos élites de droite, du centre et de gauche doivent avoir le courage politique de développer et de défendre une véritable pensée politique suisse, sans donner l’impression que leur seul motif est de se plier aux diktats européens. Quand le Conseil fédéral négocie un accord sur les héritages avec la France, qui défavorise nos citoyens, quand il omet de fermement défendre la place financière suisse et accepte de jeter des cadres en pâture aux autorités étrangères, quand la classe politique accepte de remettre en cause de nombreux fondements de notre pays sans véritablement défendre la spécificité helvétique ainsi que notre souveraineté nationale, les partis politiques suisses ouvrent une voie royale à M. Blocher. […] Le vote de dimanche doit être compris en quelque sorte comme le vote de M. Tell face à M. Gessler (le bailli des Habsbourg)… Et c’est sur cette corde que le tribun joue. Par Etienne Rouge. Stellenbosch (Afrique du Sud)

L’étranger du village voisin

[…] Mon père, originaire d’Ettingen (BL), est venu s’installer et fonder sa famille en Suisse romande dans les années 60. Si on avait commencé alors avec la logique de division actuelle, j’aurais été assez vite considéré comme un secundo suisse allemand en terre vaudoise. Mon adaptation aurait pu devenir un thème politique avec, à la clef, la stigmatisation des Suisses allemands en Romandie et vice versa. Si je suis aujourd’hui professeur de sociologie en Suisse romande, et défenseur des droits de l’enfant jusqu’en Chine, c’est aussi grâce à la Suisse ouverte sur le monde que je le dois.

[…] On peut pousser le patriotisme toujours plus loin dans la petitesse: jusqu’à l’échelle des communes et des villages. Et alors la Suisse n’est plus qu’une masse d’immigrés! Mais nous valons certainement mieux que ce mot dépréciatif de «masse», n’est-ce pas? Et la patrie, ce n’est pas un nombril! Alors, dans l’application et l’interprétation de la loi, faisons les choix pragmatiques qui préservent à la fois la cohésion nationale et la bonne entente avec nos voisins. Par Daniel Stoecklin, Institut universitaire Kurt Bösch. Sion

Qu’ils vivent en autarcie

Le oui à l’initiative sur l’immigration l’a emporté grâce à une majorité d’Alémaniques. Leur repli identitaire s’impose aux Romands, lesquels sont parfois aussi considérés comme des étrangers, ce qui est confirmé par les paroles de M. Blocher. Que pouvons-nous faire, si ce n’est de suspendre les paiements que Genève doit en vertu de la péréquation? Les cantons ruraux nous interdisent de prospérer, soit. Dans ces conditions ils n’ont qu’à vivre en autarcie. Le Conseil fédéral doit fixer des contingents très élevés et faire revoter les citoyens dans le délai de trois ans. Le gouvernement doit respecter la démocratie mais il est aussi chargé de protéger le fédéralisme et les intérêts économiques du pays. Par André Nahum. Thônex (GE)

Aux cantons de fixer les quotas

L’attitude triomphante et intransigeante de l’UDC cache mal qu’une très courte majorité de 0,3% est contre la libre circulation. N’oublions pas que toutes les régions exportatrices et frontalières se sont opposées à la remise en cause des bilatérales. Et depuis 1992 la Suisse est coupée en deux entre une première Suisse créatrice de valeurs et une deuxième Suisse préférant regarder vers l’intérieur et le passé. Cette première Suisse est contributrice au budget fédéral en faveur de la seconde.

[…] Aux cantons maintenant de prendre leur destin en main, de décider eux-mêmes du niveau de quotas et d’assurer que le niveau d’étrangers correspond aux envies de chaque peuple cantonal et aux besoins de l’économie de chaque canton. Par Luc Otten. Crassier (VD)

Vivre à son rythme

[…] Si l’on peut compter sur notre gouvernement pour adapter cette initiative à nos intérêts, avec le pragmatisme et la sérénité qui caractérisent nos institutions, cette décision va déclencher une remise en cause totale de certains fondements de l’Union européenne. Outre les partis populistes, d’autres se sont déjà engouffrés dans la brèche, à l’instar de Cameron ou Fillon.

Certes, la Suisse s’est tiré une balle dans le pied sans raison (si ce n’est celle de l’UDC, parti sans vision ni solution), mais les autres pays souffrent économiquement et l’immigration est toujours le coupable désigné. De plus, le monde s’est accéléré, il change plus vite que le rythme normal des générations: institutions en faillite, nouveaux médias qui modifient nos rapports aux autres, droits accordés à des minorités «anormales». Le citoyen européen vieillissant, plus ou moins éclairé, aimerait souffler un peu, vivre son existence à son rythme sans devoir continuellement remettre en question ses valeurs et ses compétences. Et quel autre moyen que de dire non à tout ce qui pourrait péjorer, à tort ou à raison, le confort acquis et ses certitudes? […] Par Christian Wurlod . Rolle (VD)

Les chômeurs oubliés

[…] L’analyse d’Iwan Rickenbacher (LT du 10.02.2014) est fort pertinente. L’ancien secrétaire général du PDC rappelle la responsabilité évidente d’une élite qui ne veut pas prendre en compte les préoccupations légitimes de nombreux citoyens, enfermée qu’elle est dans ses certitudes que le modèle économique libéral, dont les pratiques ne sont pas toujours tout de vertu, demeure le seul valable. Nous aurions espéré un autre débat que celui d’une libre circulation vendue comme heureuse par la droite économique ou celui d’une droite populiste qui fait de l’étranger le responsable et coupable de tous nos maux. Que dire d’un Conseil fédéral porteur du message répétitif d’une Suisse qui connaîtrait la prospérité et le plein-emploi? […] Ceux qui sont exclus du marché du travail dont on ne peut ignorer la forte pression après l’arrivée des candidats européens. Pascal Couchepin (LT du 11.02.2014) nous rappelle que «chaque être humain porte en lui un potentiel, auquel on doit donner une chance de se réaliser…». Mais pourquoi donc cet humanisme chrétien ne se traduit-il pas pour les chômeurs par des perspectives positives? […] Par Eddie Lacombe. Chêne-Bougeries (GE)

Après moi le déluge

Dans les articles parus concernant la votation de dimanche 9 février, ce qui me choque, c’est le fait qu’une personne puisse financer une campagne à son profit. On devrait examiner la question du financement des partis et des institutions qui interviennent dans les votations. M. Blocher ne pense qu’à lui et à ses biens et se moque éperdument des conséquences pour les autres. C’est un individualiste revanchard, ce qui est regrettable pour tous ceux qui le suivent. Par André Rouffy. Bernex (GE)

Des propos honteux

Si j’ai toujours apprécié la mesure tout helvétique dans les rapports avec les personnes assumant des responsabilités politiques, je pense que nul n’est tenu de continuer à témoigner du respect pour quelqu’un qui, sur un ton des plus discourtois, discrédite à peu près la moitié des électeurs qui se sont manifestés dimanche. En plus de se gausser des Romands, M. Blocher ne remercie pas pour autant les Tessinois – mais c’est vrai que l’électorat n’y est pas majoritairement UDC et a surtout exprimé son désaveu de la démarche fédéral (ou plutôt de son absence) en rapport avec le voisin italien. Mais se dire qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une victoire de «son» parti n’est qu’une maigre consolation. Par Nadja Pouchon. Zoug

Devant les juges

En tant que Romand profondément heurté par les remarques prononcées le 12 février par M. Christoph Blocher dans les médias, je propose d’offrir la possibilité à ce Monsieur de s’expliquer devant la justice. Mieux vaut en effet prévenir que guérir. J’accuse donc M. Blocher d’incitation à la haine raciale ou à la discrimination raciale, au sens de l’article 261 bis de la loi fédérale contre le racisme, et de tentative de déstabilisation de la paix confédérale (préambule de la Constitution et l’art. 70, paragraphe 2 de celle-ci stipulant la préservation de l’harmonie entre les communautés linguistiques). Ces efforts de déstabilisation peuvent être considérés comme assimilables à une atteinte à la sécurité de l’Etat. Par Jacques Martin. Pully (VD)

Le tribun manipulateur

«Dimanche soir 9 février, dans les réactions des présidents de parti que j’ai entendues, je n’ai guère trouvé de colère pour dénoncer la manipulation de l’opinion publique par l’UDC. Comment veut-on que celle-ci change face à des prises de position aussi molles? En revanche, j’ai bien aimé que le président de la Confédération laisse sortir un peu de sa colère en conférence de presse. Votre éditorial (du 13 février) est sain et nécessaire […].

Il faudra aussi que les partis au pouvoir se préoccupent de ce qui a amené à une telle situation: la cherté des appartements, le dumping salarial… Oui, la Suisse se tire une balle dans le pied avec M. Blocher, alors que lui n’est pas touché dans ses biens! Les personnes en difficulté financière se laissent manipuler par un richissime tribun, c’est le comble!» Par Roland Benz. Plan-les-Ouates (GE)

Levrat pire que Blocher

De Christoph Blocher, Christian Levrat avait déjà adopté le langage corporel, il lui restait à intégrer l’idéologie. C’est chose faite, depuis l’article «Il faut bien respecter la volonté du peuple », publié dans Le Temps du 12 février: il met en place les termes d’un manifeste littéralement «national-socialiste» dont l’objet est bel est bien de traduire dans les faits, par des mesures «drastiques», la politique nationaliste réactionnaire, soi-disant voulue par le peuple. […] Le caractère le plus choquant de la proposition de M. Levrat n’est ni dans la posture qu’il cherche à adopter, ni dans le misérable opportunisme qui lui commande de coller à la ligne Blocher, mais bien dans l’insistance qu’il met à souligner la légitimité de la majorité de dimanche. […]

N’importe quelle association de droit suisse, en charge de structurer les activités d’un club de sport ou d’une société de musique, prévoit une majorité qualifiée s’agissant de modifier ses statuts, de décider de ses options stratégiques. Mais trafiquer la Constitution de notre Etat est à la portée de la démagogie et des humeurs de n’importe quelle courte majorité. Et cette spécificité semble si fascinante qu’aussitôt que le mauvais tour est joué, des politiciens en veine d’autorité, voire d’autoritarisme, s’agrippent de toutes leurs forces au résultat prétendument «majoritaire». Par Pierre Frey, historien de l’art. La Tour-de-Peilz (VD)

Ne restons pas divisés

[…] Le chef de file du Parti socialiste suggère que l’initiative soit appliquée uniquement aux cantons qui ont voté pour et non pas aux cantons qui l’ont combattue. C’est cela, la démocratie, la liberté de penser? Depuis quand devrions-nous adapter nos décisions dans l’urne uniquement à ceux qui les acceptent et garder le statu quo pour les autres? Arrêtons ces gamineries! Le citoyen suisse a, dans sa majorité, décidé de ne pas lever un drapeau blanc devant les hauts dirigeants menaçants de Bruxelles, comme recommandé par notre Conseil fédéral, habitué à se soumettre. Il en a assez et il a réagi. Par contre, la réaction de l’UE est inacceptable et dictatoriale […] Travaillons maintenant ensemble pour adapter cette décision mais arrêtons d’utiliser entre nous le même langage agressif adopté par l’UE. Sachons nous battre pour défendre en chœur la décision de la majorité de nos citoyens. Par Pierre Fischer. Prangins (VD)

Qu’est-ce qu’un Suisse?

Qui peut enfin me définir ce qu’est un Suisse véritable? Helvète ou Celte disparu, descendant de l’une des armées ayant traversé les Alpes (Hannibal, Souvorov, Napoléon), ou bien un naturalisé bienvenu… mais depuis combien de temps? La liste n’est de loin pas exhaustive. En tout cas, il y a bien des partisans de l’UDC qui ne peuvent pas retracer très loin leur arbre généalogique suisse (échappé belle avec la législation à venir). Quant à moi, j’arrive quand même jusqu’au début du XVIe siècle… et je me sens très bien dans mon pays, riche en culture et fort tolérant (au moins jusqu’au 9 février au soir). A cette occasion, n’oubliez jamais qu’il existe des villes hors de l’Europe avec des noms bien suisses (par exemple New Glarus)… et pourquoi déjà? Par Pierre Müller. Haute-Nendaz (VS)

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