Editorial

Après AVSplus, on est loin d’un compromis

L’initiative des syndicats balayée, place à la réforme «Prévoyance vieillesse 2020» concoctée par Alain Berset. Ce lundi, le débat débute au Conseil national. Le projet tient plus du bricolage que d’une véritable vision pour l’avenir du système des rentes

Augmenter les rentes AVS de 10%? Cette Suisse si raisonnable n’en a pas voulu. L’échec est clair pour les syndicats et la gauche, qui ne sont pas parvenus à convaincre une majorité de la population avec leur initiative AVSplus.

Mais la droite aurait tort de crier victoire. 40,6% des citoyens ont tout de même approuvé l’initiative. C’est davantage que le socle électoral des initiants. Et la Suisse romande a été plus réceptive que la Suisse alémanique. Genève, Vaud, Neuchâtel, le Jura ont accepté AVSplus, ainsi que le Tessin. Pas mal pour une idée qui semblait tomber de nulle part, dans un contexte où consolider le financement des rentes est déjà un défi avec l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du baby-boom.

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D’ailleurs, bien avant le vote, les initiants ne s’attendaient pas à une victoire. Ils tablaient plutôt sur un soutien à hauteur de 40%, afin de peser dans le débat sur la réforme de la prévoyance vieillesse conçue par le conseiller fédéral Alain Berset. Cette stratégie sera-t-elle gagnante?

Pour le savoir, le rendez-vous est fixé. Ce lundi, le Conseil national empoigne la réforme «prévoyance vieillesse 2020» concoctée par Alain Berset. Les élus savent depuis dimanche que les citoyens ne s’attendent pas à ce qu’on leur fasse des cadeaux. Mais ils seraient mal inspirés d’en déduire qu’ils sont pour autant d’accord de baisser les rentes du 2e pilier et d’augmenter l’âge de la retraite, même progressivement et dans un horizon lointain, comme le proposent le PLR et l’UDC.

Comme le résume un observateur, «la population suisse a davantage de peine à dire oui à un plus, que non à un moins». Les 40% du jour risquent donc bien de gonfler si la droite poursuit son travail de sape, en déséquilibrant un paquet que le conseiller fédéral a pris plusieurs années à ficeler. Elle s’en rend compte puisque depuis quelques jours, les propositions pleuvent pour corriger ce qui peut l’être.

Dommage collatéral: le Conseil national entame ce débat avec sous le nez un projet qui tient plus du bricolage que d’une véritable vision pour l’avenir du système des rentes. On est en tout cas loin d’un compromis acceptable. Les syndicats et la gauche ont peut-être perdu ce dimanche. Mais personne n’a encore gagné.

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