Il est une mode au niveau fédéral qui perdure depuis quelques années. Celle de transférer les charges au sein des cantons et des communes. Dernier exemple en date: la révision de la loi sur l’assurance chômage, à la charge de la Confédération, adoptée en septembre 2010. Loin de moi de vouloir contester le vote populaire. Toutefois, force est de constater que les cantons et les communes se préparent à accueillir de nouveaux bénéficiaires à l’aide sociale – ce qui est de leur ressort – suite à cette décision populaire, puisque la durée des indemnités chômage sont raccourcies avec la nouvelle loi. De plus en plus de chômeurs de longue durée vont se retrouver à l’aide sociale. Les premiers effets se feront sentir le 1er avril. Et les charges transférées sont estimées entre 100 et 130 millions de francs.

Cantons et communes sont en train de mettre sur pied un arsenal de mesures pour endiguer le flot de nouveaux bénéficiaires de l’aide sociale, estimé à 6000 personnes au 1er avril. La diligence et la capacité de réaction des cantons et communes est à saluer. Toutefois j’estime qu’il est du devoir de la Confédération de faire en sorte que les chômeurs de longue durée n’arrivent pas à l’aide sociale. Pour ce faire, et afin que le Conseil fédéral ne se lave pas les mains du problème des chômeurs, il est nécessaire que les autorités fédérales envisagent de nouvelles mesures pour la réintégration des chômeurs dans le marché du travail.

Deux populations sont incontestablement touchées par le chômage: les chômeurs de longue durée et les jeunes. Les premiers représentent le tiers de cette population. On constate également que 40% des chômeurs de longue durée n’ont pas de formation. Certains ont vu leur métier disparaître et n’ont aucune chance de retrouver un emploi dans leur domaine.

Une évidence s’impose: il ne s’agit plus de proposer des mesurettes de rafraîchissement à ces personnes. Mais bien de leur donner l’occasion de (ré-)apprendre un métier. De (re-)faire un apprentissage.

Si l’on veut concrétiser cette idée, il faut renoncer à un préjugé communément admis à droite. Une logique par ailleurs sous-entendue dans la révision de la LAci: si le bénéficiaire du chômage ne retrouve pas du travail, c’est qu’il est bien installé dans une LAci «tout confort» et qui n’inciterait pas à retrouver du travail! Il faudrait donc le décourager de rester au chômage en faisant pression sur ses droits. En l’occurrence, celui de la durée des indemnités. Mais cette logique est inexacte: un travailleur voit baisser son revenu de 20 à 30% lorsqu’il passe à l’assurance chômage et ne doit quasiment plus rien avoir en réserve pour pouvoir recourir à l’aide sociale. Même les plus fainéants d’entre nous ne souhaitent pas un tel régime…

Une idée progressiste pour notre pays serait de faire glisser les personnes en situation d’assistance (assurance chômage) à un statut de personne en formation. Ma proposition est la suivante: faire en sorte qu’une partie des chômeurs de longue durée sortent du régime LAci pour entrer dans celui de l’apprentissage et de la formation. La Confédération et les cantons, de concert, participeraient financièrement à cette formation. Par exemple, la première année d’apprentissage pourrait être financée par la Confédération et les deux suivantes par les cantons. L’avantage, pour les cantons, ne serait pas de verser de l’argent dans l’espoir de voir un jour les personnes sortir du système pour une raison ou une autre, mais bien d’investir dans le moyen à long terme.

Je suis parfaitement consciente que ce projet contient un certain nombre d’obstacles à franchir. Il y a des chômeurs de longue durée qui n’ont simplement pas ou plus la capacité de suivre un apprentissage, il y a aussi les places d’apprentissage à trouver et il faudra aussi réajuster le montant du salaire des apprentissages pour qu’il soit au moins égal aux indemnités de chômage ou de l’aide sociale.

Des solutions existent. Un modèle visant à sortir des jeunes de l’aide sociale pour les mettre en situation de formation existe dans le canton de Vaud. Grâce notamment à deux ministres socialistes, Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard, qui ont pris les choses en main. Avec succès, au vu des résultats. C’est un modèle à exporter au niveau des chômeurs peu ou pas formés. Et la bonne volonté politique doit venir des cantons et de la Confédération.

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