Égalité

Après la décision du Conseil des Etats, la communauté LGBTQI déchirée

En acceptant mercredi de sanctionner l’homophobie, les sénateurs ont fait un pas historique pour protéger les homosexuels. Les transgenres et intersexes, en revanche, restent exclus

Un mélange de joie et de tristesse. Au lendemain de l’acceptation de l’initiative parlementaire contre l’homophobie au Conseil des Etats, les représentants de la communauté LGBTQI (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et queer) sont partagés. Si les insultes à l’encontre des homosexuels seront désormais pénalement répréhensibles, au même titre que toute autre atteinte à «l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse», l’identité de genre, elle, n’a pas été retenue. Pour les personnes transgenres, intersexes ou queer, l’injustice est flagrante. L’auteur du texte, le socialiste valaisan Mathias Reynard, évoque quant à lui une «victoire partielle», arrachée après plus de cinq ans d’attente.

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Sur Twitter, nombre d’internautes saluent un pas en avant historique. «En #Suisse, l’homophobie sera interdite comme le racisme. Ça devait pourtant aller de soi, mais ça n’était pas dans les textes. C’est désormais bientôt chose faite. Merci @MathiasReynard!» se félicite @nashtags. «@MathiasReynard⁩ est en passe de voir son combat couronné de succès! Bravo! Traitons les homophobes comme des racistes!» renchérit @louisdana.

Cette «victoire» est une «défaite»

D’autres se montrent plus critiques. A l’instar de @mdemontmollin, pour qui «une victoire qui laisse de côté les trans est une défaite». C’est aussi l’avis de Pascal Messerli, président de l’association Dialogai. «Cette décision représente bien sûr une avancée importante, mais elle laisse toute une partie de la communauté au bord du chemin. Difficile, pour nous, de voir le verre à moitié plein dans ces conditions.» Lors des débats, l’identité de genre a été considérée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga comme un «concept flou non défini dans le droit suisse».

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«J’entends encore dire, dans le milieu politique entre autres, que la transidentité est une mode, qu’on en demande trop, poursuit Pascal Messerli. C’est un leurre. Au sein du Refuge, lieu d’accueil à Genève, les langues se délient, les jeunes osent de plus en plus assumer leur transidentité. On ne peut plus ignorer cette réalité.»

Occasion manquée

A ses yeux, Berne a manqué l’occasion d’agir en amont pour poser un cadre légal autour de problèmes qui risquent à l’avenir d’augmenter. «C’était le moment de donner un signal clair de tolérance et de modernité, mais surtout de montrer aux personnes concernées qu’elles existent aux yeux de la loi et qu’on souhaite les protéger.»

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Si les LGBTQI mènent une lutte commune et partagent une partie des problématiques, chaque minorité détient ses propres enjeux, ses propres difficultés. «Les problèmes qu’affronte notre communauté concernent surtout les aspects juridique et médical», expliquait Lynn Bertholet, première femme transgenre reconnue à Genève et fondatrice de l’association Epicène, dans les colonnes du Temps en mai dernier. Le changement de genre au niveau juridique s’apparente encore à un parcours du combattant.

Les conséquences du vote de la Chambre apparaissent alors comme d’autant plus tragiques. «Je ne veux pas d’une loi anti-discriminations qui discrimine les personnes trans* comme je ne veux pas d’un mariage qui discrimine les lesbiennes, lâche @mehdi_kuenzle sur Twitter. Je comprends très bien les enjeux de real politique mais vous n’imaginez même pas ce que ces décisions ont comme effet sur la santé des personnes concernées.»

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