D’abord Bruxelles pour le G7 ces mercredi et jeudi. Puis la France et ses plages historiques de Normandie: le monde libéré du joug nazi le 6 juin 1944 se donne rendez-vous chez Hollande. Et surprise: Nicolas Sarkozy – qui a pris de l’avance puisqu’on nous dit qu’il a rencontré lundi Vladimir Poutine en Russie à titre «privé» selon Moscou, alors que son épouse, Carla Bruni, se produisait dans la capitale – sera aussi présent aux cérémonies marquant le 70e anniversaire du D-day.

Les Izvestia, citées et traduites par Courrier international, racontent à ce propos que «le vice-président de la commission des affaires étrangères du Sénat russe, Andreï Klimov, estime que cette rencontre entre Sarkozy et Poutine est destinée à faire savoir à la communauté occidentale que la Russie «a encore avec qui parler». Et le député de rappeler, que l’ex-chef d’Etat français avait en son temps joué un rôle déterminant en tant que médiateur dans le conflit russo-géorgien lors de l’été 2008, fort semblable au conflit actuel avec l’Ukraine.» Il fait également remarquer à qui veut bien l’entendre «que leur discussion a eu lieu à Sotchi, «là où le G7 a refusé de se rendre» (le lieu même où devait se tenir le sommet du G8)».

Un «casting» de choc

Barack Obama, Angela Merkel, la reine d’Angleterre, le premier ministre canadien, Stephen Harper, le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, et Vladimir Poutine, pour ne citer que quelques-uns des personnages du casting de vendredi: sans compter «les camping-caristes» qu’a vus Ouest-France débarquer «de partout», Le Parisien-Aujourd’hui en France, précise qu’avec 9000 invités et 19 chefs d’Etat et de gouvernement, «la cérémonie débutera à 14h30 sur la plage de Sword Beach (Riva Bella)». Précisément «là où débarquèrent 28 845 soldats britanniques et 177 Français», ce qui représentait le troisième et dernier des secteurs de l’opération, entre les localités de Langrune-sur-Mer et Ouistreham.

L’Agence France-Presse, notamment reprise par Libération, détaille ce programme monstrueux, avec ses «tribunes géantes» dans le Calvados, ses «maisons pavoisées aux couleurs alliées et européennes et déjà plusieurs fêtes en présence de vétérans». Important moment de transmission mémorielle, puisque dans cinq ou dix ans, il n’y en aura plus beaucoup d’encore vivants.

«La Normandie ne mourra pas»

Mais «tant que je serai vivant, la Normandie ne mourra pas»: un ancien combattant britannique a raconté au Daily Telegraph «comment cet anniversaire est pour lui la dernière occasion de rendre hommage à ses camarades». Il n’a rien à voir avec un certain personnage vaudois, mais «c’est par hasard, alors qu’il arpentait le cimetière militaire britannique de Saint-Manvieu (Calvados), dans l’arrière-pays normand, que Ted Robert est tombé sur une sépulture. Il s’est arrêté pour l’examiner parce que la pierre tombale était ornée du badge des Glasgow Highlanders, son ancien régiment. «Et J. V. C. Verbitsky, ce n’est pas un nom qu’on oublie, souligne-t-il. C’était un ami, un ami un peu à part. En fait, je ne savais pas qu’il était tombé au combat».»

Dans cette ambiance solennelle, évidemment, pas question de lésiner sur la sécurité: «Près de 12 000 hommes, policiers, militaires ou pompiers, sont mobilisés, sans compter les militaires étrangers. Un dispositif sanitaire est assuré par 900 pompiers, 400 infirmières et plus 300 bénévoles». Et «le rythme festif va s’accélérer jeudi avec le parachutage, en présence du prince Charles, de 300 militaires britanniques à Ranville, premier village libéré de France continentale. Le soir, un feu d’artifice sera tiré simultanément dans 24 communes sur les 80 km de côtes.»

Objectif poignée de main

Dans ce contexte, il y a un «casse-tête diplomatique», qu’explique Europe 1. Vladimir Poutine et Barack Obama seront donc présents. Mais «crise ukrainienne oblige, les deux dirigeants n’ont pas prévu de se croiser et cherchent même à s’éviter. Autant dire que l’Elysée doit faire preuve d’imagination pour éviter qu’un incident diplomatique ne vienne gâcher la fête». La fête seulement, car «aucune séance de travail n’est prévue en marge des célébrations».

Objectif, tout de même: une poignée de main. Vendredi, ces deux-là «seront certes au premier rang dans la tribune officielle, à Ouistreham… mais à chaque extrémité de l’estrade». Alors, l’Elysée voudrait tout de même bien «favoriser un rapprochement, si le climat le permet. L’un des objectifs avoués, c’est la photo d’une poignée de main entre les dirigeants russe et américain. «L’Elysée y travaille», confirme un conseiller du président.»

Hollande mangera deux fois

Mais si «Sarko» a réussi à griller «la priorité au chef de l’Etat, François Hollande aura tout de même son aparté avec le président russe. Dans un premier temps, le président français dînera jeudi soir avec Barack Obama dans un restaurant parisien, avant de souper dans la foulée à l’Elysée avec Vladimir Poutine. Des «rencontres de travail», a tenu à préciser l’Elysée.» Manger deux fois par précaution, c’est presque du Feydeau, relève une source diplomatique. Quoique ce ne soient pas les sujets de discussion qui manquent: le chaos ukrainien, le troisième septennat de Bachar el-Assad qui commence à l’ulcération générale, la lutte contre le terrorisme, les ennuis de la banque BNP-Paribas aux Etats-Unis, les relations tumultueuses entre Moscou et Bruxelles.

Alex Taylor, dans sa revue de presse pour France Inter, est très étonné, en marge de ces inévitables thèmes diplomatiques. «Oubliez le D-day», relève-t-il, car «les relations entre les Etats-Unis et la France vont de mal en pis. Lorsqu’ils dîneront ensemble jeudi soir, les sources d’acrimonie entre les présidents Obama et Hollande ne manqueront pas, l’entêtement français à vouloir vendre des armes aux Russes n’étant pas la moindre, mais dans le secteur bancaire, il faut que Washington cesse de se prendre pour un tyran dans la cour de récré». Pour un «bully-boy», métaphore à peine voilée pour évoquer l’affaire BNP Paribas. C’est une attitude que The Economist «qualifie, avec une tournure on ne peut plus britannique, de «peu attirante à l’extrême», «unattractive in the extreme»

Une reine à Paris

Mais tout cela n’est «encore rien» par rapport à ce qui va se déployer auparavant à Paris, où c’est la souveraine britannique, Sa Très Gracieuse Majesté Elisabeth II, 88 ans resplendissants, qui va débarquer pour une visite d’Etat de deux jours chez ces sacrés Frenchies. Moment encore plus délicat pour le protocole et la sécurité, à tel point que depuis six mois, nous apprend Le Figaro, «Buckingham et l’Elysée se plient en quatre pour que tout soit parfait». Avec Obama, elle sera l’invitée la plus prestigieuse des commémorations du D-day. «Cela sera sans doute son dernier déplacement dans l’Hexagone. Raison de plus pour que tout soit parfait. C’est ce à quoi s’emploient depuis six mois les équipes de l’Elysée et Buckingham», révèle Europe 1, qui parle d’«une visite royale réglée comme du papier à musique».

Avec ce détail, qui est tout de même le plus comique: «La DS5 utilisée par François Hollande étant trop basse pour accommoder les chapeaux sans les froisser, le chef de l’Etat et la souveraine prendront place à bord d’une Valsatis blindée», gentiment prêtée par Renault. La reine et son époux, le duc d’Edimbourg, 93 ans dans six jours, «seront accueillis jeudi à 17 heures, à l’Arc de triomphe. Quarante minutes plus tard aura lieu un entretien avec François Hollande» – décidément, ces jours-ci sont chargés pour lui… Et évidemment, my dear, en soirée, l’ambassadeur d’Angleterre organisera une garden-party en l’honneur du couple.

Une lichette de reblochon pour finir

Ensuite, dîner d’Etat vendredi soir à l’Elysée. Au menu, le mets préféré de la Queen, «qui l’a spécialement demandé: du foie gras servi avec un vin blanc liquoreux». Drôle de requête pour la principale pourfendeuse mondiale du gavage des oies, non? «Pour le plat principal, place à un agneau avec petits légumes, le tout arrosé d’un vin de Bordeaux. Reblochon et comté pour le plateau de fromages.»

Plutôt modeste, dans le fond, mais avec l’accumulation des repas ces jours-ci, il vaudra mieux les faire courts et pas lourds.

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