Les réseaux sociaux sont des machines à documenter l’instant présent, parfois jusqu’à l’écœurement, telle une dictature du réel. Le fameux carpe diem à la fois trahi et poussé à son paroxysme. Souvent, aussi, ils nous poussent à la nostalgie, faisant resurgir des instants passés. Qui, cet été, ne s’est ainsi pas souvenu d’un concert ou d’un spectacle aimé l’été dernier, ou celui d’avant? Tout cela pour nous rappeler, entre autres souvenirs boomerang, que ce samedi aurait dû se clore le 53e Montreux Jazz, avant que ne démarre lundi le 44e Paléo.

Un instant culturel est par essence éphémère, même si le plaisir ressenti, la vibration émotionnelle, est heureusement reproductible. Du côté de Paléo, cette ville qui chaque année est bâtie ex nihilo, ce côté éphémère a comme symbole un projet architectural réalisé par les étudiants de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale. Chaque été, entre deux concerts, une visite de la construction retenue s’impose. Se promener ne serait-ce que quelques minutes dans une structure faite pour ne durer que six jours procure une étrange sensation, comme l’impression de braver un interdit, de pénétrer dans un décor de cinéma ou de découvrir avant les autres à quoi demain pourrait ressembler.

Cure de désintoxication

Le désir naît souvent de l’absence. Alors que parfois la surabondance de l’offre culturelle peut sembler indigeste, le régime forcé imposé cet été, même s’il nous permet des nuits plus longues, s’apparente à une cure de désintoxication non désirée. Si la multiplication des propositions engendre de longues hésitations, le silence musical estival est ces jours éprouvants, même si de-ci de-là de belles initiatives voient le jour.

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Au printemps prochain, espérons-le, le Montreux Jazz et Paléo, et dans leur sillage la foultitude de plus petits rendez-vous qui savent parfaitement combiner exigence musicale et qualités d’accueil, dévoileront le nom des artistes qui enchanteront l’été romand. Et, à ce moment-là, que personne ne vienne tweeter ou facebooker que les programmations sont décevantes, réchauffées, déjà vues, trop ceci ou pas assez cela.

Après une saison 2020 morose, que 2021 soit celle de toutes les (ré)jouissances. On comprendra peut-être enfin que la Suisse romande, ce territoire moins peuplé que la capitale du Texas, au hasard, possède une abondance culturelle d’une densité probablement unique au monde. Chaque été, la liste des musiciens qui s’y produisent aurait de quoi rendre jalouse n’importe quelle mégapole. Ne l’oublions pas. L’année prochaine, promis, je n’émettrai aucune réserve quant à telle ou telle programmation… Mais je n’irais quand même pas écouter Céline Dion à Paléo.


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