Conférence de conciliation

Après l’ordre mâle aux Chambres fédérales, l’ordre divin

La session des Chambres fédérales a pris fin, avec des débats sur le budget et sur le harcèlement sexuel. Et la pire des conclusions possibles, celle où les victimes sont prises pour les responsables

Avec des amis pareils, elles n’ont pas besoin d’ennemis. Il n’aura fallu que deux semaines pour réaliser que le Palais fédéral reste un truc de mecs, avec quelques femmes à côté, pour faire joli. En politique, tous les coups sont permis. Sauf quand il est question de bibine et de fesses. Les mêmes qui, d’ordinaire, se tirent dans les pattes à la moindre occasion, se découvrent soudainement une franche camaraderie dès lors qu’il est question de se protéger parmi, de justifier une main baladeuse ou d’expliquer un commentaire dégradant.

«On se serre les coudes»

Ce même parlement est censé adopter des règles pour protéger les victimes. Ces mêmes parlementaires vous bassinent lors des élections fédérales pour durcir le droit pénal contre les délinquants. Ces mêmes élus vous pondent une motion à chaque fait divers et exigent la démission d’un juge fédéral à chaque fois que l’internement à vie n’est pas prononcé.

Et là, tout à coup, dès lors qu’il est question d’un collègue qui a fauté, on se serre les coudes. On balance sa voisine. A tel point que les autres n’osent plus rien dire. J’en ai entendu, des détails, des histoires de mains égarées jusque sous des jupes non consentantes. Et croyez bien qu’après le traitement réservé à celle qui a le courage de parler, plus personne ne s’exprime.

Une «main au cul», c’est pas si grave…

Il y a celui par qui tout a commencé. Pour lui, c'est fini. Mais ils sont nombreux, les autres, ceux qui cautionnent sans trop le dire. Qui, derrière leurs mauvaises blagues à faire semblant d’éviter l’ascenseur, n’en pensent pas moins, et se disent qu’une «main au cul», c’est pas si grave. D’ailleurs, «on l’a tous fait», m’a-t-on dit.

Alors voilà, peut-être qu’il est temps d’admettre qu’on s’est trompés. Que l’on ne peut encore pas attendre du parlement qu’il se montre moderne et en phase avec la société qui l’a élu. Quand on découvre qu’un parlementaire se comporte en harceleur, on reproche aux victimes de se taire. Et quand on en trouve une qui s’exprime, on lui jette sa jupe à la figure.

Lundi passé, le lobby suisse du cinéma nous a offert L’Ordre divin, un bon film sur l’octroi du droit de vote aux femmes. En DVD. Vu la fraîcheur de certaines mentalités, il aurait fallu le distribuer en cassettes VHS.


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