«Nous avons eu connaissance du personnage. Je ne peux pas dire à quel degré nous l’avons suivi», a annoncé dimanche le directeur des services de renseignement danois, Jens Madsen, relayé par le quotidien Jyllands-Posten. Ils le «connaissaient» donc, l’«auteur présumé des attentats à Copenhague» de ce week-end. Qui «ne serait pas parti faire le djihad en Syrie ou dans d’autres zones de guerre et aurait agi seul», lit-on dans Courrier international, qui s’est plongé dans la presse danoise.

Cela n’empêche pas les forces de l’ordre de suspecter qu’un réseau organisé ait pris ses marques dans la capitale du Danemark. D’ailleurs, «la police a mené plusieurs actions» dès le premier attentat, samedi après-midi: «Une opération a été réalisée à Osterbro, le quartier où avait lieu le débat sur l’islamisme et la liberté d’expression hier après-midi, note le tabloïd Ekstra Bladet. L’homme tué lors de ce débat était un réalisateur, Finn Norgaard.»

Près de la synagogue, «une personne a été touchée à la tête et est décédée des suites de ses blessures. Deux officiers ont été blessés. La personne tuée serait, rapporte le journal conservateur Berlingske, un homme d’une trentaine d’années, membre de la communauté juive de Copenhague. Il assurait le contrôle d’accès à une bar-mitsva qui se tenait dans des locaux derrière la synagogue.» Son identité «a également été divulguée: il avait 37 ans et s’appelait Dan Uzan».

«Continuer à lutter»

«La presse du royaume insiste également sur la nécessité de continuer à lutter en faveur de la liberté d’expression.» Pour Berlingske encore, il faut «répondre par tous les moyens: des initiatives anti-radicalisation, un travail de renseignement efficace et une réaction déterminée contre ceux qui utilisent le terrorisme contre les mots et les caricatures. […] Nous pouvons aussi dire que nous sommes malheureusement tous Charlie.» Car «il est difficile de ne pas y voir une nouvelle atteinte à la liberté, à la liberté d’expression et aux droits occidentaux, et cela pour la première fois sur le sol danois».

Le quotidien Politiken, de centre gauche, souligne de son côté qu’il faut lutter en continuant à vivre comme si de rien n’était: «Nous devons tous réaliser que dans une société libre nous sommes vulnérables par rapport aux terroristes qui n’hésitent pas à menacer, à utiliser la violence et à tuer. […] Aucune arme n’est plus forte, face à l’extrémisme, que le quotidien dont nous faisons tous partie.» Ce, parce que «la liberté d’expression est un droit auquel nous sommes attachés et que nous défendrons. Aucune personne, aucun groupe ne nous réduira jamais au silence.»

«Lâche et barbare»

Et de poursuivre, selon la lecture qu’en a faite France Inter: «Tout est comme avant, mais tout a changé. […] Quelques heures après, […] le Danemark n’est plus comme avant. Je voudrais demander aux 300 000 musulmans danois de dire haut et fort qu’ils aiment le Danemark» et que les 5,5 millions de Danois «que nous sommes vont grandir après cette tragédie sans nous ranger en différentes fractions les unes contre les autres». «La liberté d’expression est attaquée», titre pour sa part le quotidien BT, relayé par Le Monde: «C’est tragique, et c’est une attaque lâche et barbare contre notre mode de vie démocratique et contre la liberté d’expression, qui nous est si chère.»

Les journaux français se sentent aussi particulièrement interpellés par ces attaques, qui sont le «décalque» de celles de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Paris en janvier, estiment les éditorialistes. Ils appellent à «ne pas céder» au terrorisme et à «apprendre à résister». Similairement au Times de Londres qui proclame «Vi er Jøder» (nous sommes juifs), Libération titre «Vi er danskere (nous sommes Danois)»:

Le journal a interrogé Laurent Léger, rescapé de Charlie: «Le pire serait de répondre à la haine par la haine, aux armes par les armes. Il faut rester groupés, rappeler à chaque instant l’esprit du 11 janvier et ne céder ni à la peur ni à la division. […] Les endoctrinés du djihad veulent fermer portes et fenêtres, ouvrons-les en grand», enjoint-elle.

En Suède, Aftonbladet tire le parallèle avec l’attentat d’Anders Breivik en Norvège: «Ces attaques ne visent pas la France, le Danemark ou la Norvège, mais toutes nos sociétés ouvertes, dit-il. Continuons à parler librement comme Lars Vilks, le caricaturiste suédois visé à Copenhague, continuons à aller dans nos églises, nos synagogues, continuons à vivre dans le calme sans être intimidés.» Et en Israël, Haaretz – qu’a lu Slate – juge que «les journalistes, et spécialement les caricaturistes qui ont publié dans le passé des dessins du prophète Mahomet, sont en danger de mort en Europe». D’ailleurs, ils ne «regrettent pas» ces dessins, indique le Financial Times.

«Cette mélasse rance»

«Se coucher ou rester debout», résume l’éditorial de la Tribune de Genève. Si ces événements «appellent à un raidissement salutaire sur les valeurs héritées du siècle des Lumières, ils ne doivent pas nous faire succomber aux sirènes de l’islamophobie. Des responsables politiques et des intellectuels ont choisi de se vautrer dans cette mélasse rance pour expliquer la montée de l’islamisme radical. Prendre ce raccourci revient à ignorer que les musulmans ont été les premiers à souffrir de cette violence.»

Alors que pour Les Echos, l’Europe se retrouve «face à la contagion islamiste», Le Figaro rappelle que «quel que soit le contexte, à Paris comme à Copenhague, à Ottawa comme à Sydney, c’est toujours Allah qui est le prétexte d’odieux assassinats». Et aux yeux du Parisien/Aujourd’hui en France, il faut «apprendre à résister», d’autant qu’il serait «vain de nier que ce sentiment que nous avons eu longtemps en France d’appartenir à un monde de paix et de prospérité a bel et bien vécu».

«Etre» Charlie, «être» Danois… Pour la presse, les craintes semblent se faire de plus en plus vives: que va-t-il bientôt falloir encore «être»?

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