Votations fédérales

Après la RIE III, le défi de l’agilité politique

La réforme de la fiscalité des entreprises n’a pas emballé les Suisses. Le «non» à la RIE III est une gifle pour la droite qui n’a pas su expliquer les enjeux

La réforme de la fiscalité des entreprises n’a pas emballé les Suisses et c’est le moins que l’on puisse dire avec le fort rejet de la RIE III. Le vote populaire net et sans appel force la droite comme la gauche à travailler pour préparer la suite. A droite, tout d’abord, il faudra revoir les arguments pour vendre de tels projets à la population. Les éléments de langage choisis se sont révélés maladroits. Les incantations ne suffisent pas quand les votants veulent savoir qui seront les gagnants et les perdants d’une telle réforme.

Lire aussi: Le «non» à la RIE III provoque un séisme sur l’arc lémanique

Présenter les intérêts des entreprises au-dessus de ceux qui travaillent et votent poussait ces derniers à rappeler leur prééminence dans un système démocratique bien ordonné. Et quand le débat s’est enferré dans la définition des patents box ou NID et la guerre des chiffres, il était trop tard pour se rendre compte que la technicité de la discussion faisait perdre des points face à une classe moyenne en recherche d’écoute et de protection de la part de ses élus.

La droite n’a pas su expliquer les enjeux

C’est une gifle pour la droite qui – bien qu’avançant groupée sur ce dossier – n’a pas su expliquer les enjeux. Il faut y avoir aussi la résultante d’un psychodrame interne aux politiciens qui a déboussolé les votants. Lorsque Eveline Widmer Schlumpf a critiqué le projet soutenu par Ueli Maurer, avait-elle conscience qu’elle tuait, de fait, la RIE III? Quand régler un compte personnel avec son parti d’origine devient une manière pour une ancienne conseillère fédérale de faire dérailler une votation, cela en dit long sur la crédibilité de la classe politique aux affaires.

Lire aussi: Ueli Maurer en mal de grande victoire

La gauche a, elle, remporté haut la main le référendum. La «mère de toutes les batailles» était, au final, socialiste et son président, Christian Levrat, triomphe. La classe moyenne bien d’ici contre les multinationales désincarnées, les intérêts locaux de la majorité contre ceux du 1% mondialisé, cela parle. Il s’agit largement d’une fable mais il n’y a pas grand monde pour écouter un cours de droit fiscal international quand l’époque se prête davantage aux discours de rassemblement.

Zone de totale incertitude

Reste qu’après l’immense cafouillage sur la libre circulation des personnes issu de la votation du 9 février 2014, la Suisse entre dans une nouvelle zone de totale incertitude au sujet d’un autre dossier stratégique pour son économie. Les entreprises qui ne savent pas qui elles peuvent engager ne savent désormais plus combien d’impôts elles payeront: pour un pays longtemps si fier d’être un havre de stabilité, il y a comme qui dirait un problème au paradis.

Le projet RIE III visait en premier lieu à mettre fin aux régimes spéciaux sous pression de l’OCDE. A moins d’accepter que la Suisse se retrouve sur la liste noire des paradis fiscaux dès 2019, il faudra trouver une manière agile d’adopter un nouveau projet. Rester compétitif, ne pas faire fuir les multinationales tout en atteignant un objectif d’équité fiscale avec les PME sans oublier de donner des gages à la classe moyenne: la machine politique se voit sommée de résoudre cette équation en un temps record car les entreprises pourraient être à bout de patience.

Publicité