Spectacle total, les Jeux de Pékin résonnent comme un triomphe pour la Chine. Le régime, les Chinois peuvent en être fiers. A défaut d'être joyeuses, ces joutes ont montré un pays moderne, entreprenant et ouvert. Elles ont impressionné la planète par leur sophistication.

Une fois la parenthèse olympique refermée, toutefois, que retiendra-t-on de ces Jeux? En quoi auront-ils contribué à changer le pays le plus peuplé de la planète? Pékin 2008 n'est pas Berlin 1936. Malgré les nombreuses entraves aux libertés, il est hors de propos de comparer la Chine d'aujourd'hui au contexte nazi, comme certains ont cru bon de le faire.

Mais Pékin 2008 n'est pas non plus Séoul 1988. Le dynamisme économique de la Chine ne se traduit aucunement par des réformes politiques, comme ce fut le cas chez le voisin sud-coréen il y a une vingtaine d'années. La Chine n'a rien cédé sur le plan des droits de l'homme.

En fait, on peut douter que ces Jeux contribuent en quoi que ce soit à transformer la Chine, comme feint de le croire le CIO. Ces JO ont été conçus par le régime chinois comme une entreprise de communication pour asseoir sa légitimité et non pas comme un facteur de transformation du pays. La Chine n'a pas attendu les Jeux pour s'ouvrir. Quant à l'incroyable embellie sur le plan de la pollution et des transports de Pékin, elle sera vite oubliée.

L'héritage de ces Jeux dépendra en réalité de ce que voudra bien en faire Pékin. Sa réussite peut l'amener à favoriser un discours moins crispé à l'égard de l'étranger et peut-être à se montrer plus courageux à l'avenir en vue d'entreprendre les indispensables réformes de son système politique. C'est la vision optimiste.

A l'inverse, ce triomphe sans nuances pourrait renforcer l'arrogance des franges les plus nationalistes d'un régime qui estimerait, à tort, qu'il n'a plus de rival pour lui résister. Les conclusions que tirera le pouvoir chinois de ce succès ne seront pas sans conséquence pour le monde futur.

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