Suisse-Europe Express

Après la Suisse, Singapour?

L’avenir du secret bancaire helvétique est suivi de près en Asie.

Tarisa Watanagase est une femme à suivre, alors que les effets de la crise économique mondiale déferlent sur l’Asie du Sud-Est. Nommée gouverneur de la Banque centrale de Thaïlande fin 2006, cette économiste diplômée de la prestigieuse université japonaise Keio, à Tokyo, redit calmement quelques vérités lorsqu’on l’interroge sur le krach financier mondial, et le système bancaire occidental assommé.

Les banques des «tigres» de l’Asie du Sud-Est, explique-t-elle, n’encourent pas du tout les mêmes risques systémiques que leurs homologues des pays du Nord. La leçon de la crise financière de 1998 qui les terrassa sous le poids d’un endettement excessif en dollars, lorsque les monnaies régionales dévissèrent, a été retenue. L’épargne a afflué. Leurs ratios de fonds propres crèvent aujourd’hui les plafonds. L’ère des investissements délirants - terrains de golfs et lignes de crédits extravagantes accordées aux affairistes proches du pouvoir - est révolue.

Ces explications proviennent d’un pays mis à genoux voici dix ans par une tourmente financière qui conduisit plusieurs capitales à faire appel au Fonds monétaire international. Elles sont intéressantes à plus d’un titre, surtout que la préparation du G20 de Londres le 2 avril bat son plein. Elles confirment d’abord que l’argent disponible pour relancer la machine économique mondiale se trouve en Asie.

Mais elles soulignent aussi un autre aspect: le sérieux bancaire si prisé des investisseurs et des entrepreneurs n’est plus l’apanage des Européens et des Américains. L’ardoise ahurissante d’UBS est maintenant régulièrement citée par les Asiatiques comme la preuve qu’une page est tournée. Et à Singapour, deux des banques internationales les plus exposées à la crise actuelle - UBS et la Royal Bank of Scotland - sont devenues la risée des banquiers régionaux à qui leurs collègues occidentaux assénaient, voici dix ans, des leçons de transparence et de gouvernance.

La Suisse financière est directement concernée par ce tournant asiatique. D’abord parce que la bataille sur le secret bancaire en Europe et aux Etats-Unis promet de doper l’intérêt de places financières telles que Singapour ou Hong-Kong pour la gestion de fortune. Mais surtout, parce que la Suisse a la chance d’être encore considérée comme un partenaire humble, plus préoccupé d’obtenir des résultats que de donner des leçons. L’envoi rapide d’une «dream team» bancaire helvétique dans la région pour rencontrer les opérateurs privés comme les autorités et faire amende honorable envers cette clientèle d’avenir devrait donc être une priorité. Alors que le «dialogue» fiscal avec l’Union européenne est empoisonné, notamment sur la question clé de la fiscalité cantonale des entreprises, il serait bon d’en rouvrir un, au plus vite, avec ce coffre-fort de la globalisation qu’est l’Extrême-Orient.

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