Encore l’Allemagne. «Il s’agit malheureusement d’un nouvel attentat terrible, qui à coup sûr accroît l’inquiétude des gens», selon le ministre de l’Intérieur de Bavière, Joachim Herrmann, après que 15 personnes ont été blessées dimanche soir dans une détonation à Ansbach, près de Nuremberg. L’auteur présumé, qui est mort lors de l’explosion, est un ressortissant syrien de 27 ans, disent les autorités. Lundi après-midi, l’organisation Etat islamique a décrété qu'il était l'un de ses «soldats»; les autorités bavaroises ont affirmé avoir trouvé une vidéo dans laquelle il prêtait allégeance.

Ce drame «intervient dans un lourd climat en Allemagne, avec trois affaires retentissantes en une semaine en Bavière, sans lien entre elles», fait remarquer Radio France internationale.

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Au-delà de ce nouveau cas, «les progrès de l’enquête sur la tuerie au centre commercial Olympia à Munich ont», eux, «permis d’établir que le tueur de 18 ans, […] à la double nationalité allemande et iranienne, a agi sans motif politique ou religieux», confirme la Süddeutsche Zeitung, que cite Courrier international. Dans ce contexte, l’Allemagne semble rester calme, des louanges sont adressées à «la police pour son efficacité et sa communication, ainsi qu’aux Munichois pour leur civisme et leurs réactions de solidarité dans la tourmente». Un politicien de la CDU, Peter Altmaier, proche de la chancelière allemande, a marqué les esprits avec une forte déclaration, que relève BFMTV: «Nous sommes déterminés à tout faire pour que le terrorisme et la violence inhumaine n’aient pas voix au chapitre en Allemagne.»

De son côté, «le Spiegel décerne un satisfecit à la chancelière Angela Merkel, qui a opté pour la prudence et a attendu environ vingt heures avant de s’exprimer sur cette nuit de terreur». «Le choc est profond, mais le soulagement est là: il ne s’agit pas d’un attentat terroriste», commente pour sa part le Handelsblatt. Mais du «soulagement après un bain de sang», cela ne paraît guère «rassurant». D’ailleurs, l'«alerte renforcée au terrorisme» montre bien comment l’angoisse «a pénétré les esprits». «Après Paris et Bruxelles, après Nice et Würzburg», tout le monde voyait pourtant bien que ce n’était «plus qu’une question de temps pour que le terrorisme frappe dur en Allemagne». Et ailleurs? Certains sont là pour prédire encore pire:

Comme partout ailleurs où ont eu lieu des attentats, la presse s’interroge sur les processus de radicalisation des jeunes et sur les limites de l’intégration – Le Figaro recense quatre précédents depuis 2011 outre-Rhin. Après la tuerie à la hache dans un train en Bavière le 18 juillet, «le profil de l’attaquant suscite une grande inquiétude, d’abord, parce que le mobile islamiste de son acte a été confirmé par les autorités et que rien ne laissait présager la radicalisation du jeune réfugié afghan. C’était un modèle d’intégration», note la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui rappelle que «l’adolescent placé dans une famille d’accueil avait une place d’apprentissage en perspective et s’était investi dans le club de sport municipal, avant de se radicaliser en silence et à la vitesse grand V».

D’ailleurs, au début du mois de juin, un article du quotidien Die Welt, repéré par Eurotopics, s’étonnait déjà que la société allemande, «comme en proie à un refoulement collectif», eût «déjà oublié la menace terroriste»: elle «a suscité une courte phase de vive agitation médiatique avant de repasser au second plan. Il faudrait pourtant mener un grand débat […] sur la question de savoir comment se protéger plus efficacement des menaces.» Car les passages à l’acte s’expliquent, à lire une remarquable synthèse réalisée par le magazine en ligne Slate titrée «La peur s’est installée en Allemagne».

«Le risque politique que court ce pays, dit l’article, «c’est une confusion croissante entre accueil des réfugiés et montée éventuelle du terrorisme». «Une chose est sûre», comme on peut le lire dans la Süddeutsche Zeitung: «La peur d’un attentat s’est installée en Allemagne […]. Définitivement.» A Munich, les habitants ont été invités à rester chez eux, «les transports en commun ont été arrêtés, la gare principale de la capitale bavaroise a été évacuée. […] La méfiance régnait partout.» Car il ne faut pas oublier que «contrairement à la France, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, l’Allemagne a été épargnée depuis le 11-Septembre 2001».

Historiquement, la RFA «avait eu son lot de débats sur l’avenir de l’Etat de droit et le juste équilibre entre liberté et sécurité, après la vague d’attentats de la Fraction armée rouge (RAF), dite aussi bande à Baader, dans les années 1970 et 1980. La discussion sur les prérogatives des polices, régionales et fédérale, sur l’utilisation de l’armée à l’intérieur en cas de péril terroriste, sur les écoutes et la conservation des données, etc., risque d’être relancée.» Et de relever: «Plus que par la menace terroriste, la politique allemande a été dominée au cours des derniers mois par l’immigration.» Et maintenant, c’est comme si «la crainte de l’attentat» était plus lourde «que la réalité de la menace». Reste que toutes deux ont pris beaucoup de poids en une semaine.