La géographie l’a emporté sur l’histoire. La Cour permanente d’arbitrage de La Haye a rejeté mardi les prétentions de la Chine à dominer l’essentiel de la mer de Chine du Sud au nom de sa présence passée dans les parages. Elle a parallèlement donné raison aux Philippines qui revendiquent une partie du même espace sur la base de leur proximité, comme le prévoit le droit international.

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La Chine essuie là un sérieux revers. La vaste zone qu’elle revendique au large de son territoire face aux Philippines, au Vietnam et à plusieurs autres pays est pour elle d’une importance considérable. Comme zone de pêche, comme bassin potentiellement riche en hydrocarbures et, plus fondamentalement encore, comme voie de navigation entre son territoire et l’océan Indien. Une voie de navigation essentielle par où transitent le quart du commerce mondial et 80% des importations chinoises d’hydrocarbures.

La mer de Chine du Sud est d’autant plus stratégique que, contrairement à la mer de Chine orientale, elle atteint de grandes profondeurs sur de larges périmètres. Ce qui en fait un terrain de déploiement idéal pour l’une des principales armes stratégiques de Pékin: ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Désireuse de prendre le contrôle de ces eaux, la Chine les a converties ces dernières années en zone test de sa puissance, face à ses voisins comme face à la communauté internationale. Et ses autorités ont répété avec constance qu’elles n’y renonceront pour rien au monde. Ce qui les a conduites à condamner l’initiative du gouvernement philippin de recourir à une instance internationale pour trancher le contentieux. Et ce qui les encourage aujourd’hui à l’intransigeance.

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La Chine a rejeté mardi, comme attendu, le verdict de la Cour permanente d’arbitrage, tandis que ses voisins philippins, vietnamiens et autres sortent renforcés de cet épisode judiciaire. Le droit, qui a pour vocation de réduire les tensions, pourrait bien, ici, les avoir exacerbées.

L’heure est grave. Le bras de fer est susceptible de se transformer en pugilat. Il appartient dès lors à chacun de faire preuve de responsabilité et, par conséquent, de modération. A la Chine en réduisant subtilement, et donc sans perdre la face, ses ambitions. Aux Philippines, en renouant le dialogue bilatéral souhaité par Pékin. Et aux Etats-Unis, en renonçant à envoyer ses bâtiments de guerre frôler des bases chinoises dans les eaux contestées. Il faut espérer que la peur d’un dérapage incontrôlé, aux effets incalculables, sera bonne conseillère.

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