Alors que le variant Omicron envahit le monde et les esprits, la Suisse a retenu son souffle. Le débat s’est bien exercé avant ce dimanche de votations, mais non sans difficultés. Accusations haineuses, détournement de contenus et d’affiches, menaces de mort et protection policière pour les conseillers fédéraux et autres personnalités exposées, le climat était objectivement tendu. La place Fédérale, à Berne, n’avait jamais été barricadée ainsi le jour d’une votation, inquiétudes réelles que l’exercice démocratique tourne à la confrontation.

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L’acceptation de la révision de la loi covid, avec 62% de votes favorables, est claire, et la participation élevée la valide. Ce résultat évitera aux parlementaires de devoir trouver une manière de remplacer le certificat sanitaire et donne un message clair concernant les aides économiques. Le travail va se poursuivre, avec les outils existants. L’opposition aux autorités n’a pas augmenté depuis le mois de juin, lors de la première votation sur la loi covid, acceptée à 60,2%, elle est même d’une impressionnante stabilité. Le collectif a pris le dessus sur la liberté individuelle.

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Soulagement parce qu’une Suisse solidaire est sortie des urnes, comme en témoigne également l’acceptation de l’initiative sur les soins infirmiers. Une victoire à ne pas sous-estimer: ce n’est que la 24e fois, en cent trente ans, qu’une initiative est acceptée par les citoyens suisses. Quant aux manifestations, oui, elles se sont déroulées depuis des semaines, oui, elles expriment un ras-le-bol et une défiance des autorités, mais non, la Suisse n’est pas à feu et à sang. Les Amis de la Constitution ont d’ailleurs appelé au respect des consignes policières: manifester à Lausanne, pas à Berne.

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Les accusations de manipulation et de désinformation de la part de certains référendaires demeurent mais la plupart des acteurs de ces votations appellent à l’apaisement. Comment ne pas creuser le fossé? Quelques pistes: prendre réellement en compte ces 38% de Suisses qui ont dit non à la politique des autorités, sans angélisme ni arrogance. Rechercher les faits, honnêtement, en exerçant le regard critique à la base de toute démarche scientifique, constamment. Analyser les méthodes employées pour sortir de la pandémie, ainsi que leur impact. Utiliser les outils démocratiques pour exercer un contrôle sur le travail des autorités. Et surtout, surtout, ne pas oublier le reste du monde, suspendu aux informations sur le variant Omicron, et, pour des populations entières de pays pauvres, en attente lancinante de l’accès au vaccin.