Bien sûr, un conseiller fédéral ne peut pas remplir tous les critères qu’on attend de l’élu idéal. Néanmoins, parmi toutes les aptitudes qui ont été identifiées par le PLR et, dans une moindre mesure, par le PDC, quelques-unes devraient être jugées primordiales. L’expérience au sein d’un exécutif est un de ces éléments clés, comme une carrière sans tache ou la force de conviction à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, en particulier.

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Dans cette dernière catégorie se rangent l’aisance à s’exprimer en public et la maîtrise des langues nationales avec, idéalement, des notions suffisantes d’anglais pour pouvoir échanger en face-à-face, sans intermédiaire, avec des ministres étrangers, dont on attend de plus en plus qu’ils aient une connaissance minimale de l’idiome qui s’est imposé comme la langue véhiculaire des relations internationales.

Des carences, mais de la tactique

Or, parmi les candidatures présentées par le PLR et le PDC, deux au moins ne remplissent pas ce critère linguistique essentiel: le démocrate-chrétien Peter Hegglin a du mal à s’aventurer hors du périmètre germanophone alors que le libéral-radical Hans Wicki, s’il paraît à l’aise en anglais grâce à sa vie antérieure de patron d’une entreprise d’électrotechnique active sur plusieurs continents, semble comme égaré dans le désert lorsque son français est sollicité.

Ce qui est exigé des candidatures latines, à savoir une maîtrise de l’allemand, doit aussi l’être des prétendants et prétendantes alémaniques pour le français. Certes, Guy Parmelin fut élu en 2015 malgré d’évidentes carences linguistiques et un défaut d’expérience exécutive. Mais ce choix était tactique: il s’agissait de barrer la route au détesté Thomas Aeschi, qui était également candidat à la succession d’Eveline Widmer-Schlumpf.

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La bonhomie du candidat vaudois, qui fut l’un des critères du choix d’une Assemblée fédérale refroidie par la rugosité de son rival zougois, est toutefois un bagage insuffisant. Guy Parmelin a clairement souffert des déficits mentionnés plus haut. Il s’agit de ne pas répéter une telle expérience.

KKS, parfaitement polyglotte

Car l’environnement a changé et continuera d’évoluer. Un membre de l’exécutif fédéral doit être capable de s’adresser directement à la population dans les autres régions linguistiques du pays. Plus que jamais, il est tout aussi indispensable qu’il puisse dialoguer directement avec ses interlocuteurs étrangers. Ce critère doit par conséquent figurer tout en haut de la liste des exigences électorales.

Tout cela plaide évidemment pour Karin Keller-Sutter, parfaitement polyglotte, membre du gouvernement de son canton, Saint-Gall, pendant douze ans, capable de s’emparer de n’importe quel dossier. Et tout cela milite contre l’élection d’un Peter Hegglin, qui, de surcroît, semble être un monomaniaque des dossiers financiers, ou d’un Hans Wicki. Ce critère est bien plus important que le fait de savoir si la personnalité qui remplacera Doris Leuthard vient de Suisse centrale ou du Haut-Valais.