Ça y est! Le 28 avril dernier, on apprenait que l’absence de recours autour du vote de Moutier ouvrait définitivement la voie au transfert de la ville du canton de Berne à celui du Jura. Comment cela va-t-il remodeler les politiques culturelles régionales? Nous souhaitions évoquer quelques réflexions, en écho notamment à l’article «Heureux comme un artiste dans le Jura» paru le 10 mars sur le site du journal Le Temps.

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Le fOrum culture fait partie de ces institutions hybrides de l’Arc jurassien que nous représentons. Dès ses origines, ce réseau des arts de la scène a été pensé comme une fédération visant à renforcer le tissu culturel régional. Financé essentiellement par le Conseil du Jura bernois, le fOrum culture est actif sur le territoire qui regroupe le Jura bernois, Bienne et le canton du Jura. Nous ne sommes de loin pas la seule structure métissée du territoire: Espacestand, Stand d’été ou Conte & compagnies, la Coordination jeune public, l’Association interjurassienne des centres culturels, le Musée jurassien des arts, de nombreuses compagnies, projets et acteurs culturels font partie des structures qui transcendent nos frontières.

Nous cumulons les identités

Nous grandissons à La Neuveville, Bienne ou St-Imier, à Carouge, à Malleray, Soyhières ou Lajoux. Nous apprenons notre métier ici ou nous partons étudier à Genève, Berne, Lausanne, Paris, Bruxelles ou Montréal. Nous sommes acteur·trices, musicien·nes, danseur·euses, peintres et tant de choses encore. Notre art, c’est notre profession ou notre loisir. Nous nous sentons Jurassien·nes, Bernois·es, de quelque part, de nulle part ou de partout. Nous aimons vibrer au cœur de nos villes, comme nous retirer dans nos coins de campagne. Nous partons, nous tentons des ailleurs, parfois nous revenons ou nous restons. Nous n’avons de cesse de tisser des liens, d’articuler des idées. Nous cumulons les identités, les rôles, les projets et les envies. Nous sommes ce réseau.

Nous vivons nos territoires et nos scènes artistiques comme une même entité, un même cœur, sans nécessité de distinction ni compétition

Nous sommes nombreux·ses, dans nos vies quotidiennes à passer ces frontières territoriales, disciplinaires ou socioprofessionnelles sans les remarquer, sans les marquer ni les sentir. Nous nous attachons aux lieux, aux gens et aux atmosphères, nous renforçant de nos similitudes et nous enrichissant de nos différences. Nous vivons nos territoires et nos scènes artistiques, aussi divers et inédits qu’ils soient, comme une même entité, un même cœur, sans nécessité de distinction ni compétition.

Ne pas s’arrêter au territoire

Bien sûr, cela ne va pas sans difficultés, sans ajustements et débats. Cela ne va pas sans reconnaissance de nos différences, sans effort et sans travail de compréhension, de respect et de consentement. Cela demande de l’organisation, de la communication et de la remise en question. Les identités ne peuvent se construire qu’en écho à d’autres identités. Mais doivent-elles s’ériger les unes contre les autres? Dans une période de repli sur soi-même et de crise sanitaire, ce n’est qu’en étant ensemble, solidaires, uni·e·s et conscient·e·s de ce que nous souhaitons incarner que nous grandissons.

Si le monde politique a l’obligation de définir et de servir des territoires, il n’oblige pas pour autant les gens et leurs cultures, comme la société tout entière, à s’y arrêter, à s’y conformer. Nous avons le sentiment que les acteur·trices culturel·les et politiques des cantons de Berne et du Jura ont dialogué en bonne intelligence et dans un esprit d’ouverture ces dernières années. Nous militons pour fédérer ceux·elles qui ont à cœur de faire vivre et rayonner ce territoire.

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