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Ferme pilote qui utilise les dernières technologies de Syngenta. Geispitzen, France, juin 2017.
© LAURENT GILLIERON/KEYSTONE

Opinion

Les arguments du directeur de Syngenta ne tiennent pas la route

OPINION. Dans une interview au «Temps», Erik Fyrwald, directeur général de Syngenta, défendait l’utilisation de pesticides pour promouvoir une agriculture durable. Avec des arguments très discutables, estiment Philippe Schenkel, de Greepeace Suisse, et Océane Dayer, du WWF Suisse

Dans l’édition du Temps du 27 octobre 2017, Erik Fyrwald, directeur général de Syngenta, était interviewé, en particulier sur les pesticides et sur sa vision d’une agriculture durable. Erik Fyrwald y défend l’utilisation de produits chimiques de synthèse et assure de l’absence de danger pour la santé et l’environnement. Il n’est pas particulièrement étonnant qu’il fustige les formes d’agriculture qui ne fonctionnent qu’avec peu de ce qu’il vend. Cependant, alors que les cours d’eau suisses sont hautement pollués aux pesticides et qu’une étude menée en Allemagne a démontré la disparition de 75% des insectes volants (Le Temps du 20 octobre 2017), bon nombre de ses arguments ne tiennent pas la route.

Lorsque Erik Fyrwald prétend que le rôle des pesticides, en particulier les néonicotinoïdes, reste modeste dans la dégradation de la santé des abeilles, cela signifie sans doute qu’il n’a pas lu de littérature scientifique depuis des années. Il existe des centaines d’études à ce sujet, et la majorité d’entre elles conclut que les pesticides, les parasites et la perte de biotopes (largement due à l’agriculture intensive) sont les principales causes de la mort des abeilles. Et les abeilles ne sont que le sommet de l’iceberg. Les pertes dans les populations d’autres insectes sont plus difficiles à identifier, car elles ne peuvent pas être dénombrées aussi facilement.

A l’encontre de l’agriculture durable

Le traitement des semences avec des néonicotinoïdes ou d’autres insecticides systémiques a pour conséquence que toute la plante est toxique pour les insectes: racines, tiges, feuilles, fleurs, pollen. Il est pervers de qualifier cela de progrès, car la méthode progressiste de protection intégrée des plantes n’autorise l’utilisation de pesticides que lorsque toutes les autres mesures n’ont pas fonctionné (prévention, choix des semences adaptées, lutte naturelle, etc.). Le traitement des semences va à l’encontre de ce principe de base de l’agriculture durable – en Suisse, la protection intégrée est pourtant obligatoire au titre des prestations écologiques requises. Erik Fyrwald assure aspirer à une agriculture durable: voilà le premier principe à appliquer.

Il est trompeur d’affirmer que les pesticides sont indispensables à la sécurité alimentaire

En Suisse, un projet de recherche en cours depuis 1978 montre clairement que l’agriculture biologique améliore la fertilité du sol, nécessite moins d’énergie et a besoin de beaucoup moins de pesticides. Les rendements sont effectivement un peu moindres (en moyenne 20%, et non 40%), mais la recherche devrait permettre de les augmenter un peu.

200 000 morts par an

Il est étonnant qu’Erik Fyrwald vante la nécessité absolue des pesticides, mais reconnaisse que «mettre des tonnes de pesticides» n’est pas sain. Et sur ce point, il a raison. En effet, en mars de cette année, des experts de l’ONU ont publié un rapport qui conclut que l’utilisation excessive de pesticides est très dangereuse pour la santé publique et l’environnement et qu’il est trompeur d’affirmer que les pesticides sont indispensables à la sécurité alimentaire. Ce rapport constate également que chaque année, plus de 200 000 personnes meurent d’une intoxication aux pesticides. Syngenta, qui vend toujours le Paraquat, un herbicide hautement toxique, dans des pays en développement, devrait avoir une attitude particulièrement critique à ce sujet.

Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’une agriculture qui produise des aliments sains et savoureux, sans détruire les bases naturelles de la vie. Une recette brevetée n’est pas nécessaire pour cela. Il vaut mieux de nombreuses solutions différenciées adaptées aux conditions locales: méthodes agro-environnementales, permaculture, agriculture biologique, production intégrée. Le système actuel dans lequel une poignée de multinationales monopolise les semences et les pesticides, et impose ce qui peut être cultivé, nous mènera par contre à l’échec. L’industrie est la seule à en profiter, la nature, les agriculteurs et notre santé en sont les perdants.

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© Gabioud Simon (gam)