Face aux attentats suicides, Ariel Sharon s'en prend aux institutions de l'Autorité palestinienne à Jérusalem. Si ce choix s'inscrit, comme le suggérait récemment le journal israélien Haaretz, dans le scénario «dur» d'une destruction programmée, progressive et systématique du mouvement palestinien, il ne rencontrera que fort peu de résistance internationale. Aucune des grandes nations, seules ou associées, qui pesaient jusqu'ici sur la politique israélienne, l'invitant à la modération ou l'encourageant sur la voie de la paix, ne semble vouloir s'engager.

L'actuelle diplomatie américaine a trop critiqué la démarche conciliatrice de Bill Clinton pour en reproduire le modèle, et elle n'a pas à ce jour formulé la moindre stratégie. L'administration est en outre divisée entre le Département d'Etat, traditionnellement interventionniste, et la MaisonBlanche, trop occupée à son affaire de bouclier antimissile pour prendre des risques diplomatiques dans un conflit ne menaçant pas selon elle l'intérêt national américain. A court terme, tout se passe comme si de Washington, Ariel Sharon ne devait attendre qu'admonestations verbales et inaction politique.

L'Union européenne est également paralysée. Si elle a pu apparaître active lorsqu'il était question du «processus de paix», elle est clouée au sol par ses propres désaccords dès lors qu'il s'agit d'un processus de guerre. La France et l'Allemagne ne sont pas en situation de poursuivre la même politique à l'égard d'Israël, et l'Angleterre reste attachée à la stratégie américaine dans la région – les raids aériens américano-britanniques sur l'Irak des derniers jours en sont la preuve. Il n'y a pas aujourd'hui de politique extérieure commune possible de l'UE au Proche-Orient.

La «communauté internationale» via l'ONU? Elle est exténuée après les opérations yougoslaves.

Les pays arabes? Leurs pouvoirs sont tous affaiblis, soit par manque de légitimité politique, soit par pauvreté économique, ou les deux. S'ils disent leur indignation, c'est sans intérêt pour les Palestiniens et sans risque pour Jérusalem. Ariel Sharon a la voie libre pour foncer dans le mur.

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