Éditorial

Armes: une réforme dans l'intérêt des Suisses 

ÉDITORIAL. Comme pour les juges étrangers, la nouvelle loi sur les armes consacre l’implication de la Suisse dans son environnement immédiat, dans son appartenance au concert des Nations. Plutôt que de chipoter sur l’origine d’une réforme, il faut voir l’intérêt général qu’elle défend

Vous avez aimé la bataille des juges étrangers? Vous devriez adorer celle de la loi sur les armes. A quelques mois de distance, des ingrédients semblables sont à nouveau sur la table de la démocratie directe. Hier, le droit de regard de juridictions internationales sur le respect des droits de l’homme en Suisse, aujourd’hui la nécessité pour notre pays de s’adapter aux nouvelles dispositions européennes sur la détention des armes.

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Pour un pays qui a érigé le citoyen-soldat en mythe identitaire, l’affaire est lourde de symboles. C’est là-dessus bien sûr que jouent les adversaires de la révision législative soumise au peuple le 19 mai prochain. Le Guillaume Tell qui sommeille en chacun et chacune d’entre nous est invité à se rebeller contre le diktat d’une Union européenne dont le projet, à en croire certains, serait de désarmer la Suisse.

Un examen dépassionné

Vraiment? Un examen dépassionné du dossier montre que les modifications sont mineures. Associée à la révision, la Suisse a pu préserver son régime sur l’arme d’ordonnance, pendant et après le service. Les chasseurs ne sont pas davantage touchés. Le seront, par une nouvelle obligation d’annonce, les tireurs sportifs à l’arme semi-automatique, selon le type de magasin. Un «sacrifice» minime, face auquel l’essentiel sera sauf: maintenir sans crise ni risque d’exclusion la participation de la Suisse à l’espace Schengen-Dublin, dans lequel nous sommes de plain-pied depuis 2005 et dont nous n’avons qu’à nous féliciter, qu’il s’agisse de la sécurité ou de la gestion des migrations.

La nouvelle loi apportera à quelques-uns une contrainte administrative supportable. Ce n’est pas une raison pour ricaner, à partir d’une Suisse jusqu’ici épargnée par le terrorisme, des efforts légaux déployés sur le continent pour durcir l’accès aux armes assassines.

Une population plus réticente

Du reste, la population suisse aussi se montre toujours plus réticente face à la détention d’armes, dont on ne sait – et on ne saura toujours pas – le nombre exact en circulation. On l’a vu en 2011 avec le fusil à domicile: la Suisse avait certes refusé à 56% de l’interdire, mais les villes de Zurich, Bâle, Lausanne et Genève auraient été prêtes à faire le pas.

Comme pour les juges étrangers, la loi sur les armes consacre l’implication de la Suisse dans son environnement immédiat, dans son appartenance au concert des Nations, même si elle a choisi une autre voie que l’adhésion à l’UE. Plutôt que de chipoter sur l’origine d’une réforme, il faut voir l’intérêt général qu’elle défend.

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