Dimanche matin, on avait peur que le Tour de France ne commence jamais; quelques heures plus tard, on peut craindre qu’il ne soit déjà terminé. Alberto Contador, meilleur grimpeur à deux roues du monde, est passé par là. Et le Valais, où la fête a été belle, devrait bientôt pouvoir s’enorgueillir d’avoir servi de théâtre, sur 5,6 kilomètres, au dénouement de la 96e Grande Boucle.

Formidable. D’autant plus que cette année, le Tour aura deux vainqueurs à célébrer. Alberto Contador, à n’en pas douter; mais aussi Lance Armstrong qui, comme d’habitude, avait tout prévu. On ne saura jamais si l’Américain se pensait capable de gagner l’épreuve pour la huitième fois, quatre ans après son ultime triomphe. Mais maintenant que lui-même admet avoir perdu cette édition 2009, on peut paradoxalement affirmer que son impensable come-back est réussi.

Parti dans la rogne et l’incompréhension, très remonté contre les «sceptiques qui ne veulent pas croire aux miracles», le Texan est revenu plein de nobles intentions. Mettre en avant son combat contre le cancer et le commercialiser – 75 millions de bracelets jaunes ont été vendus à 1 euro pièce par sa fondation. Prouver qu’à presque 38 ans, un athlète exceptionnel doté d’un mental d’acier peut encore titiller les meilleurs. Dissiper les soupçons éternels et montrer un visage plus humain.

C’est sur ce dernier aspect que Lance Armstrong va désormais insister. Lui qu’on a vu si longtemps en impitoyable tyran robotique parviendra-t-il à se faire passer pour un valeureux second, un perdant magnifique? En tout cas, il fait tout pour. Et comme l’homme n’a pas l’habitude de manquer ses objectifs… Lance Armstrong, le cycliste le plus honni de France et de Navarre, est en passe de parachever son ultime mutation. Qu’il termine deuxième du Tour, avec le sourire aux lèvres, et on en viendrait presque à le prendre pour un Poulidor des temps modernes.

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