Éditorial

Arnaud Montebourg, en route vers nulle part

Le départ du trublion de la Bresse offre une occasion rêvée à la France de mener enfin de vraies réformes

La France peut dire merci à Arnaud Montebourg. En provoquant la dissolution du gouvernement auquel il appartenait, le tribun de la Bresse oblige l’exécutif à une clarification qui n’a que trop tardé sur les moyens de redresser la deuxième économie européenne.

Les recettes sont connues de tous et depuis des années: desserrer le corset réglementaire qui empêche le marché du travail de fonctionner, baisser les impôts des entreprises pour leur permettre d’investir (ce que le gouvernement a commencé à faire, au grand scandale de la «vraie gauche»), réduire les prélèvements qui amputent les salaires. Le tout passant forcément par la réduction des dépenses publiques et l’allégement de l’administration la plus éléphantesque d’Europe.

C’est cela, «l’autre politique», celle que les gouvernants successifs de la France n’ont pas eu le courage de mettre en œuvre depuis 30 ans. Et non pas le keynésianisme grossier que prônent Arnaud Montebourg et ses alliés. S’endetter en rendant le pays encore plus dépendant des marchés financiers, redistribuer l’argent qu’on n’a pas aux ménages et aux entreprises, via une foule de «dispositifs» illisibles, ne ferait que prolonger l’agonie de l’économie française.

La question, désormais, est de savoir si une majorité de socialistes est prête à soutenir un nouveau cours qui s’assumerait comme social-libéral. Il est déjà question de dissolution, voire de démission d’un exécutif trop affaibli par la dissidence pour gouverner.

Ces scénarios sont sans doute trop pessimistes, comme le montre l’exemple de l’Allemagne. Là aussi, une aile du Parti social-démocrate s’est détachée pour créer une «vraie gauche» opposée au réformisme de Gerhard Schröder. Mais avec moins de 9% des voix aux dernières élections nationales, Die Linke reste un parti de second rang. Son seul accomplissement tangible est d’avoir rendu la gauche allemande incapable de gouverner, autrement que comme junior partner dans une coalition dominée par la droite.

La leçon du précédent allemand est claire: Arnaud Montebourg est lancé sur une route qui ne mène nulle part. Son départ du gouvernement est une bonne nouvelle, qui accroît les chances – certes encore ténues – de voir la France mener de vraies réformes.

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