Cessons de ménager bandits et terroristes

Les quotidiens suisses se croient obligés de barrer les yeux de d’Ayoub El-Khazzani. Le salopard qui disposait de plusieurs chargeurs de kalachnikov permettant de tuer des dizaines de personnes dans le Thalys Amsterdam-Paris.

De leur côté, les quotidiens français Libération, Le Figaro et les TV montrent le visage souriant de l’islamiste. Mais pourquoi donc devrions-nous «ménager» les criminels avérés? Pourquoi faudrait-il, lorsqu’il n’y a aucun doute quant à la culpabilité d’un bandit, prendre des précautions et parler encore de «présumé» coupable?

Les temps ont changé. Ce n’est pas s’abaisser au niveau des coupeurs de tête d’aujourd’hui que de donner leur nom, montrer leur visage et oser affirmer qu’ils n’ont pas droit à la présomption d’innocence. Il convient d’appeler un chat un chat. Il y en a marre du politiquement correct.

La presse a pris, nous avons pris de véritables réflexes d’autocensure. On a même été jusqu’à changer le vocabulaire, avec des circonvolutions, ce qui nous amène à dire, entre autres, malentendants pour sourds, malvoyants pour aveugles. Cette fuite devant les réalités n’est pas du tout comprise des citoyens en général. Ces contorsions créent un malaise, un véritable mur entre la manière dont pratiquement tout le monde s’exprime et ce qu’on lit au final dans certains journaux, qui édulcorent, utilisent des cache-sexes.

Bien entendu, il n’est pas question une seconde de dévoiler l’identité de personnes mises en cause lorsqu’il y a le moindre doute! Pas de généralité!

Mais quand l’affaire est entendue, quand on a pu repérer, la semaine passée, à coup sûr, trois scélérats qui cassent la figure d’une vendeuse en bijouterie à Vevey, pourquoi ne pas aider la police, en reproduisant le visage de ces gens en pleine action? Ils méritent quels égards? Faut-il avoir la compassion d’Olivier Guéniat, le policier le plus naïf et le plus médiatisé de Romandie, qui vient nous rappeler qu’il y a des gens pauvres en Lituanie?

J’insiste, j’ai visité plus de cent pays. Il existe de par le monde, dans de très nombreuses contrées, des gens démunis à l’extrême, qui n’ont aucune propension à la criminalité, en particulier violente. C’est tout de même trop facile de trouver mille excuses aux bandits de droit commun ou d’inspirations prétendument religieuses. Parler clair et vrai, ce n’est pas faire le jeu de l’extrême droite, c’est bien l’inverse. Au contraire, faire joujou avec la réalité profite en définitive aux extrémistes.

Et rappelons au passage que nous avons une sacrée baraka, les trois derniers terroristes ayant sévi en France sont des salauds, mais aussi des nuls. Sid Ahmed Ghlam, qui devait mener une attaque contre l’église de Villejuif, et qui par bonheur, a réussi à se blesser avec son arme. De son côté, Yassin Salhi, qui a tout de même coupé la tête de son patron et a essayé, en vain, de faire exploser son usine à gaz industriels! Et le souriant El-Khazzani a pu être arrêté par d’héroïques Américains, après avoir fait tout de même un blessé grave. Mais évidemment, il est plus facile de s’en prendre aux merveilles antiques de Palmyre.

Enfin, a-t-on oui ou non le droit de dire, d’écrire, que si l’écrasante majorité des musulmans est pacifique, la minorité terroriste qui s’illustre dans de très nombreux pays ne s’inspire pas de la chrétienté mais la combat férocement?

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