Rares sont ceux qui ont compris les enjeux de l'article constitutionnel «Qualité et efficacité économique dans l'assurance maladie», soumis au vote le 1er juin.

Ceux qui ont déjà pris connaissance des arguments des partisans et des adversaires de ce texte savent qu'ils ne sont d'accord sur à peu près aucune de ses conséquences concrètes: abolit-il le libre choix du médecin? Condamne-t-il les cantons à verser aux caisses les 8 milliards d'argent public qu'ils affectent chaque année au secteur hospitalier? Plus que sur l'opportunité de ces réformes, on bataille sur la question de savoir dans quelle mesure elles sont vraiment à l'agenda de la votation.

Ceux qui le liront risquent fort de n'être guère plus avancés. Ils y trouveront un dosage précautionneux mais peu explicite des concepts de qualité et de responsabilité, de concurrence et de liberté de choix. Tout au plus pourront-ils noter, s'ils sont attentifs, l'absence du mot «solidarité».

Ces formulations évasives reflètent un compromis instable entre les rêves de ceux qui, au parlement, souhaitent une injection massive de concurrence dans l'assurance obligatoire de soins et leur conception du politiquement faisable.

Ces rêves, puisés dans les travaux des économistes, méritent l'intérêt. Mais ils impliquent une large redistribution des cartes entre pouvoirs publics, prestataires de soins et assurances, c'est-à-dire une opération qui demande beaucoup de concertation et de solides garde-fous.

La méthode choisie - un contre-projet, rédigé après une consultation éclair, à une initiative que l'UDC brûlait de retirer - est particulièrement inadaptée à ces exigences.

Et le moment est particulièrement mal trouvé. La réforme du financement hospitalier que les hôpitaux, les caisses et les cantons s'apprêtent à digérer d'ici à 2012 représentera des coûts importants pour les cantons et les assurés.

Une des seules conséquences incontestées du projet est de modifier à nouveau la donne ainsi péniblement établie et de forcer le passage vers un marché hospitalier régulé par la concurrence.

En démocratie, un tel changement ne doit pas se faire à la sauvette. Il doit être discuté et compris par tous.

L'article constitutionnel, font valoir ses partisans, ne fait qu'indiquer une direction, dont les détails restent à fixer. C'est vrai. Mais les panneaux de circulation illisibles sont plus nuisibles qu'utiles.

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