Le déferlement médiatique a surpris les autorités vaudoises: lundi, les équipes de quatre télévisions et six radios sont venues de Suisse alémanique pour couvrir l'incendie des locaux de la protection civile de Chavannes-près-Renens. Aussi circonscrit que soit cet acte criminel anticipant la venue de réfugiés kosovars, un tel intérêt n'est pas étonnant: outre-Sarine, tout événement touchant au dossier de l'asile, petit ou grand, est devenu un thème porteur du point de vue de l'audience et des tirages.

La vie politique alémanique s'en ressent vivement: les propositions ultra-protectionnistes s'y sont multipliées. Très systématiquement, elles ont rencontré en Suisse romande critiques et réflexions contraires.

Pour autant, les sentiments xénophobes sont-ils aussi marginaux en Suisse romande que l'on veut bien le croire? Les milieux politiques et caritatifs estiment que leur influence au sein de la population reste stable. Et la proportion du courrier «anti-étranger» que reçoivent les journaux régionaux, constante au fil des années, semble leur donner raison. Cependant, une majorité des Romands, le 13 juin dernier, n'en a pas moins accepté un net durcissement de la loi sur l'asile; et la flambée de mouvements nationalistes dans la deuxième moitié des années 80 n'est pas si éloignée pour qu'on puisse la croire définitivement éteinte.

Dès lors, on peut parier que la rareté des sentiments xénophobes revendiqués publiquement en Suisse romande est conditionnée par le climat d'opprobre qui s'oppose ici à leur manifestation. Dans cette perspective, l'incendie de Chavannes n'est pas anodin. Ce n'est certainement pas un hasard s'il s'est produit dans la seule commune vaudoise où l'exécutif a jugé bon de rejeter avec fracas l'effort d'accueil qui lui était demandé.

Ce feu provocant qui a pris dans l'Ouest lausannois pose aux Romands une question aussi difficile qu'essentielle: comment répondre aux rancœurs xénophobes inexprimées pour éviter qu'elles ne deviennent ou redeviennent le terreau de courants démagogues? De là dépend sans doute la capacité romande à jouer comme un contrepoids dans le débat national sur la politique d'asile.

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