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Les psychologues observent depuis longtemps que les châtiments corporels ont des effets négatifs sur le développement des enfants.
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Opinion

Assez de la gifle et de la fessée, armes pédagogiques d’une société d’antan!

OPINION. Il est temps d’inscrire dans le Code civil suisse, à l’instar de l’Allemagne, que «les enfants ont le droit de bénéficier d’une éducation non violente», estiment Philip Jaffé et Jean Zermatten après une nouvelle mise à l'index de la Suisse à l'ONU sur cette question.

Faut-il interdire les châtiments corporels à l’encontre des enfants et explicitement l’inscrire dans la loi suisse? Oui, sans doute aucun! Protégeons les enfants dans notre pays contre cette violence familiale dite «ordinaire» et appelons nos parlementaires à retrousser leurs manches sans tarder. Il leur faudra du courage pour affronter une partie de l’opinion publique pour laquelle une telle interdiction serait radicale, saperait l’autorité parentale, réduirait l’arsenal pédagogique de parents pour qui une fessée est bénéfique et, selon des personnes mal informées, enverrait des cohortes de pères et mères en prison pour avoir fait leur dur métier de parents, comme tant de générations avant eux.

La société et la famille suisses ont évolué. La violence domestique à l’égard des femmes n’est plus tolérée. A l'égard des enfants, on ne parle plus de l’ancien devoir de correction pour bien les formater, car l’autorisation explicite d’un droit de correction a été biffée du Code civil en 1978; par ailleurs, la pédagogie moderne considère que gifle et fessée, même légères et occasionnelles, sont contreproductives. Les études montrent aussi que, pour les parents usagers du châtiment corporel, il s’agit moins d’une stratégie éducative que de leur incapacité à gérer le stress provoqué par l'enfant. Ou la fessée comme signe de l’échec éducatif parental.

Les arguments en faveur d’une interdiction  

Les psychologues observent depuis longtemps que les châtiments corporels ont des effets négatifs sur le développement des enfants. Désormais de vastes études internationales démontrent le lien causal entre la pratique de la fessée (selon sa fréquence et sa sévérité) et des problèmes de comportement et de socialisation à long terme. Ces enfants peuvent être fragilisés sur le plan émotionnel et sont plus à risque de développer attitudes agressives et troubles mentaux. Sans compter qu’ils apprennent le contraire de ce que nous souhaitons, à savoir que l’usage de la force serait une bonne manière de résoudre des problèmes et des conflits. Le clou est qu’aucune étude sérieuse n'a jamais montré l'effet positif de la claque sur le développement... et que l'on n'exige jamais des défenseurs de fessées et gifles de démontrer leurs bienfaits!

33 pays européens ont intégré une interdiction explicite dans leur dispositif législatif 

Les châtiments corporels sur enfants constituent des violations de leurs droits humains; paradoxe, de la part de parents qui souvent ne savent pas faire autrement et qui les aiment authentiquement. Toutes les institutions internationales chargées de la protection des droits humains ont pris clairement position. En particulier, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU qui examine périodiquement la situation en Suisse encourage métronomiquement notre pays à introduire une interdiction explicite dans sa législation. Récemment, en 2017, comme tous les pays du globe, la Suisse soumise à l'Examen périodique universel (EPU), a reçu des recommandations d’autres pays sur le respect des droits humains. Parmi les douzaines de points que ces pays estiment que la Suisse devrait améliorer, Berne a pris note que la Suède désignait la question des châtiments corporels et le besoin d’une interdiction légale.

Loi en Allemagne et en Autriche  

Que la Suède adresse une remontrance insistante à la Suisse sur cette question n’est pas à prendre à la légère! En effet, la Suède a été le premier pays au monde à adopter en 1979 une interdiction complète des châtiments corporels. Comme nos voisins – Autriche (1989), Allemagne (2000), Liechtenstein (2008) –, 33 pays européens ont intégré une interdiction explicite dans leur dispositif législatif. Que les lecteurs soient rassurés, ces pays n’ont pas ouvert de nouvelles prisons pour accueillir les parents qui donneraient une fessée ou une gifle occasionnelle, pourtant interdite. Et leurs enfants ne sont pas plus indisciplinés qu'avant l'interdiction!

Il est plus que symbolique d’inscrire dans le Code civil suisse, à l’instar de l’Allemagne, que «Les enfants ont le droit de bénéficier d’une éducation non violente. Les châtiments corporels, les mauvais traitements psychologiques et toute autre mesure dégradante sont illicites (§1631 Abs. 2 BGB)]. Cela pousse les parents et la société entière à renforcer la pratique de méthodes éducatives plus efficaces et non violentes. Et les enfants sont mieux protégés, car en prime les taux de maltraitance physique baissent.

Les Suisses aiment leurs enfants et tous nous professons vouloir leur bien. Prouvons-leur que c’est bien le cas! En interdisant explicitement les châtiments corporels dans la loi, nous pourrions leur offrir un très beau cadeau dans un avenir proche pour que, le 20 novembre 2019, nous fêtions avec eux et sans violence les 30 ans de l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant.


Philip D. Jaffé, Université de Genève (philip.jaffe@unige.ch)

Jean Zermatten, président du Comité ONU des droits de l’enfant (jean.zermatten@childsrights.org)


Un précédent texte des deux auteurs: Des attentats djihadistes en Suisse? Soyons attentifs!

Une précédente tribune de Philip Jaffé: Pour des peines plus sévères contre les violeurs

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