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Assez joué, M. Blocher! Par Bernard Wuthrich

Par Bernard Wuthrich

Le mode d'élection du Conseil fédéral doit-il être une préoccupation majeure aujourd'hui? Poser la question, c'est y répondre. Par la négative, évidemment. Car, finalement, rien ne dit que le gouvernement serait plus performant ni sa composition très différente s'il était désigné par le peuple plutôt que par le Parlement. Si la règle était changée, des garde-fous seraient nécessaires afin de garantir la représentation des minorités. Il est très possible que le peuple aurait choisi Pascal Couchepin pour succéder à Jean-Pascal Delamuraz dans la mesure où le candidat devait de toute manière être radical et romand. Cette question, que Christoph Blocher a tenté de transformer en enjeu de première importance, n'est donc qu'un épiphénomène politique.

Aujourd'hui, les grands défis de la Suisse sont indéniablement ailleurs. Ils sont aux Etats-Unis, pays avec lequel un conflit commercial sans précédent est en train d'éclater. Ils sont en Europe, où l'intégration de notre petit Etat alpin se fait de manière pour le moins chaotique. Ils sont aussi à l'intérieur du pays, où la cohésion socio-politique est menacée, où le marché du travail subit les contrecoups de la mondialisation économique, où la sauvegarde de la sécurité sociale nécessitera des choix difficiles.

Face à ces enjeux, on aimerait qu'une figure aussi écoutée que Christoph Blocher, qui, comme personne, sait haranguer les foules grâce à un savant dosage d'humour, d'opportunisme et de cynisme, s'engage pour trouver des solutions. Or, il fait tout le contraire. Et si la Suisse est politiquement isolée au cœur du continent européen, c'est avant tout à cause de lui.

Le pays souffre de cette situation difficile, car il se retrouve seul pour faire face aux pressions venues d'outre-Atlantique. On peut établir un parallèle avec ce qu'a vécu l'Espagne il y a quelques années, lorsqu'une guerre commerciale s'est déclenchée entre les puissants producteurs céréaliers américains et les paysans de la péninsule ibérique. Membre de l'Union européenne, l'Espagne a alors pu bénéficier d'un appui non négligeable de Bruxelles. La Suisse, elle, ne reçoit le soutien de personne.

Il est dès lors essentiel que toutes les forces du pays s'unissent pour résister aux pressions. Y compris Christoph Blocher et l'UDC. Or, ils s'amusent sur d'autres terrains de jeux. Et il est piquant de constater que, lors du congrès du parti samedi à Schaffhouse, le conflit américano-suisse n'a été abordé qu'en toute fin d'assemblée, lorsque le représentant d'un petit canton proposa de voter une résolution de protestation contre les attaques dirigées contre la Suisse. Cette proposition a bien sûr été adoptée. Mais c'est le président Ueli Maurer qui aurait dû la faire. Or, piégé une fois de plus par un Christoph Blocher qui ne cesse d'entraîner son propre parti et une bonne partie de l'opinion publique sur de fausses pistes, il n'a rien vu venir. L'heure est grave, MM. Blocher et Maurer. Soyez donc plus utiles que futiles…

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