En principe, quand on sait qu’un projet politique auquel on tient est sérieusement menacé d’être combattu par référendum, on agit dans le but de le rendre acceptable. La majorité du Conseil national a fait tout le contraire mercredi. Le projet de révision qu’elle transmet au Conseil des Etats est mûr pour le référendum et pour l’échec devant le peuple.

Si l’on peut saluer les efforts entrepris par le PDC et le PLR pour faire accepter une hausse des cotisations par l’UDC, il faut aussi constater que ces deux partis se sont laissé emporter par leur partenaire. L’UDC, qui construit en partie sa politique sur la lutte contre les impôts et les taxes, n’a accepté de monter sur le bateau qu’à condition que l’on taille à la hache dans les prestations. C’est ainsi qu’il s’est trouvé une majorité irresponsable pour imposer à certaines catégories de chômeurs, en particulier aux jeunes, qui connaissent un taux d’inoccupation anormalement élevé, des conditions inacceptables.

Les jeunes, parlons-en. Cette majorité semble considérer, sans en apporter la moindre preuve, que l’assurance chômage est un oreiller de paresse pour eux. Quel jeune qui achève sa formation rêve-t-il de toucher comme premier salaire une prestation de chômage? Il est juste de les motiver à entrer dans la vie active. Mais pas comme le Conseil national le propose. Les mesures sévères qu’il veut imposer aux jeunes ne feront que renforcer le camp du non le jour où l’on votera sur cette révision.

Et ce camp sera déjà bien fourni. On y trouvera par exemple les cantons périphériques, que l’on veut priver de la possibilité de prolonger temporairement le droit au chômage alors que cet instrument permet de rogner les inégalités entre les régions.

L’assurance chômage a besoin d’être assainie, c’est une réalité. Rétroactivement, on doit reconnaître que l’abaissement du taux de cotisation de 3 à 2%, décidé en 2002, fut une erreur. Il est juste de prévoir de le relever de quelques dixièmes une fois la crise passée. Et l’on peut accepter que certaines prestations soient revues, à condition que l’on s’assure de leur effet incitatif pour la recherche d’un emploi et la réinsertion dans le marché du travail. Or, on n’a pas l’impression que le Conseil national a vraiment été animé par ces préoccupations-là. L’assurance chômage n’est pas un fouet. Et ce n’est pas avec une posture de roille-gosses que l’on gagne une campagne référendaire.