La réponse sonne chez moi comme une évidence: OUI, une assurance obligatoire pour les soins dentaires est une nécessité. La question devrait même être inversée; comment se fait-il que l’assurance obligatoire des soins (LAMal) n’ait pas intégré, dès le départ, les soins dentaires, ceux-ci faisant partie intégrante, et de manière flagrante, de la santé?

Si l’accès aux soins dentaires était équitablement réparti au sein de la population, la nécessité d’une assurance obligatoire pour soins dentaires pourrait être remise en cause. Cependant, force est de constater que les études en la matière sont unanimes et partent de trois constats sans appel: la santé bucco-dentaire a un impact sur la santé générale; la santé bucco-dentaire dépend du statut socio-économique; le manque de soins dépend de la capacité financière.

Les soins dentaires dépendent de la situation financière

Au vu de ce dernier élément, le débat se déplace immédiatement sur le plan de la santé publique et non plus de la liberté et de la responsabilité individuelles. Dans un pays économiquement développé tel que la Suisse, il n’est pas imaginable que certains de ses habitants mettent en jeu leur santé pour des raisons financières. L’accès aux soins doit être garanti, quelle que soit la situation économique des patients. Et c’est pourtant bien l’inverse qui se produit: entre 3 et 5% de la population renoncent à des soins dentaires pour des raisons financières.

Ainsi, selon la Revue médicale suisse (2009), «les inégalités de la santé buccale reflètent très exactement les inégalités qui affectent la santé générale». La corrélation entre le statut socio-économique et les problèmes de santé bucco-dentaire est ainsi marquée: 20% des enfants évoluant dans les milieux socio-économiques les plus faibles concentrent 60% des caries. Alors que chez les revenus de plus de 13 000 francs mensuels seuls 3% renoncent à des soins dentaires, ils sont plus de 34% pour les salaires inférieurs à 3000 francs.

Charge insurmontable pour une famille modeste

Sachant que les coûts moyens en soins dentaires par an et par personne sont estimés à 450 francs environ, on comprend dès lors que pour une famille à revenu modeste, la facture soit particulièrement douloureuse et représente une charge considérable, voire insurmontable.

Les opposants à ce projet mettront en avant des difficultés de financement et la liberté des assurances privées pour gérer le marché. L’idée est de proposer une prise en charge des soins de base (esthétiques non compris), ainsi qu’un contrôle annuel. Les différentes subventions (cantonales, communales, prophylaxie scolaire), additionnés aux frais déjà pris en charge (aide sociale, prestations complémentaires), doivent naturellement être prises en compte dans le système de financement.

Un prélèvement paritaire de 1% suffirait

Au-delà des millions déjà payés aujourd’hui par les caisses publiques, un prélèvement paritaire de 1% sur la base des salaires AVS déjà déclarés suffirait amplement, sans bureaucratie inutile. Ainsi, pour un salaire de 5000 francs mensuels, la ponction s’élèverait à 25 francs pour l’employeur, comme pour l’employé. Soit une somme tout à fait raisonnable en regard des bénéfices escomptés en matière de santé publique.

Alors certes, une solution fédérale serait largement préférable, je le concède. Connaissant cependant la configuration actuelle du parlement et la force du lobby des caisses maladie, les choses ne sont pas prêtes à évoluer. Ainsi, si différents cantons franchissent, en précurseurs, ce pas, il sera plus aisé alors de faire passer l’idée au plan fédéral ou une initiative populaire nationale.

Santé publique, égalité des chances, coûts raisonnables, garantie des soins, autant de raisons qui incitent à un grand OUI à une assurance obligatoire des soins dentaires.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.