Editorial

Les assurances maladie et la prévention connectée

Les assurances maladie suisses se lancent dans la prévention connectée de certaines maladies et laissent entrevoir ce que sera l'homo numericus

En 2013, pour fêter ses quinze ans d’existence, Le Temps avait confié au GDI, le Think Tank spécialisé en futurologie de la Migros, de nous faire le récit d’une semaine de la vie d’une jeune femme en 2028: Lena.

Ce récit de consommation-fiction trace la vie quotidienne de cette Genevoise moyenne qui se met, par un beau dimanche de 2028 en piste pour le Salève avec son compagnon, Stéphane. Non sans que Lena n’ait activé, au préalable, «sur son smartphone une application: demain, elle doit pouvoir prouver à sa caisse maladie qu’elle se tient à son contrat de performance sportive et qu’elle se sera suffisamment dépensée physiquement. Il est important pour elle de demeurer dans sa classe de prime, car les primes d’assurance maladie ont encore augmenté ces dernières années.» – nous citons le scénario imaginé par le GDI.

Dans son récit fiction projeté en 2028, le GDI notait: «Saisir ses données de santé, Lena s’y est mis depuis quelques années déjà. Elle enregistre aussi toutes ses dépenses. Quand elle fait des achats ou qu’elle va au restaurant, toutes les données significatives pour sa caisse maladie sont extraites et transmises à celle-ci. Chaque semaine, elle livre les résultats de ses tests auto-administrés. Le trend qui consiste à recueillir ses propres données de santé touche aujourd’hui la majorité de la population.»

Consommation-fiction et comportement-fiction que tout cela? De moins en moins, s’il faut en croire les projets que toutes les caisses maladie ou presque lancent afin d’encourager l’activité physique de leurs clients; afin de faire baisser leur prime… Mais afin également de faire baisser la probabilité qu’ils viennent à coûter fort cher en termes de soins lourds.

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Face à l’accélération de cette saisie volontaire d’informations médicales nous concernant, deux attitudes possibles. Il y a ceux que cela inquiète terriblement, parce qu’ils y voient une intrusion intolérable dans l’intimité de leurs entrailles. Et qui craignent les dérives que cela pourrait impliquer, en particulier en matière de coercition et bien sûr d’exclusion. Sans parler de la protection de la sphère privée.

Leur perplexité est légitime: la rapidité du progrès technologique oblige simplement à imaginer de nouveaux garde-fous afin d’éviter ces dérives.

En face, il y a ceux et celles qui ont pris acte du mouvement inéluctable qui accompagne le progrès dans la saisie et l’analyse dynamique de nos données. Et qui fait de notre corps un objet toujours plus connecté. Et donc toujours plus socialisé. Ces gens ne craignent pas ce nouveau paradigme où la connaissance toujours plus complète de soi conduit à l’action dans un jeu de boucles de rétroaction toujours plus sophistiqué. Ils anticipent simplement ce que sera dans toute sa splendeur: l’homo numericus.

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