L'initiative pour des places d'apprentissage (lipa) a été lancée et soutenue par les organisations de jeunesse, les jeunesses syndicales et socialistes, elle fait malheureusement partie de ces objets que l'on risque d'oublier et avec lui la crise que connaît la formation professionnelle. Les chiffres sont pourtant éloquents: 9000 jeunes ne trouvent pas de place d'apprentissage à la fin de leur scolarité obligatoire et plus de 100 000 jeunes de moins de 25 ans n'ont aucune formation professionnelle. Notre système dual de formation professionnelle a fait ses preuves et mais ne pourra se maintenir que si l'économie prend sa part de responsabilité, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui: seules 17% des entreprises forment des apprentis, contre plus d'un tiers il y a 20 ans. La tendance à la baisse est très nette. La lipa résoudrait en partie ce problème en créant un fonds pour la formation professionnelle, financé par les entreprises qui ne forment pas d'apprentis et profitent aujourd'hui des efforts des autres notamment en embauchant les jeunes titulaires du certificat fédéral de capacité (CFC) sitôt leur formation achevée. Les bénéfices du fonds iront à des mesures de promotion de l'apprentissage, qui sera dès lors doté de moyens à long terme et en suffisance. Cela mettra fin aux incertitudes actuelles.

La Confédération, autrefois consciente du problème, avait tenté de le résoudre avec des demi-mesures: les deux arrêtés fédéraux pour les places d'apprentissage (APA) ont pu financer des projets mais n'ont pas suffi. Les moyens du deuxième APA sont déjà épuisés! Seul le fonds prévu par la lipa pourra garantir à la formation professionnelle un financement à long terme. Certains cantons (dont Fribourg, Genève ou Neuchâtel) ont instauré des fonds, mais leur financement et leurs buts sont largement en dessous des objectifs de la lipa. De plus, le problème de la formation professionnelle dépasse les frontières cantonales. Les fonds spécifiques aux secteurs d'activité (par exemple dans le bâtiment) existent parfois depuis des décennies et prouvent qu'un tel système fonctionne. Mais ils ne couvrent que 20% des apprentissages et la crise est trop profonde et doit être résolue de manière globale.

Un contre-projet indirect a été opposé à la lipa: la nouvelle loi sur la formation professionnelle (nLFPr). En ce qui concerne le financement, c'est un échec. Là où la lipa prévoit des mesures concrètes, la nLFPr ne contient que des dispositions non-contraignantes, que les autorités ne doivent mettre en place que selon leur bon vouloir. Sur ce problème précis, la nLFPr ne règle que la part maximale que la Confédération est autorisée à financer, elle ne parle pas du montant qu'elle devrait verser. La nLFPr prévoit aussi des fonds spécifiques aux secteurs d'activité, mais ces derniers ne pourront être mis en place qu'avec l'accord de plus d'un tiers des entreprises concernées: on est donc loin de la solution globale proposée par la lipa. Malgré la pression de la votation imminente, Joseph Deiss, même s'il a admis l'évidence de la crise des places d'apprentissage, a refusé de prévoir un troisième APA. Son unique proposition est une «task force», qui devrait étudier prochainement la question. Preuve en est que la volonté politique de régler les problèmes à long terme n'est pas là et que c'est donc au peuple et aux cantons d'imposer des mesures contraignantes en acceptant la lipa.

Car la lipa est bien une solution à long terme. A ce jour, seules des mesures réactives et temporaires ont été prises, alors que l'initiative pour des places d'apprentissage propose un financement durable du système dual. Les APA, ainsi que certaines solutions cantonales existantes n'ont été financés qu'avec les deniers publics. C'est une véritable étatisation de la formation professionnelle. Les entreprises n'ont aucun intérêt à investir dans la promotion de la relève si la Confédération laisse entendre que, tôt ou tard, elle s'attaquera au problème avec l'argent des contribuables. Avec la lipa, ce sont les entreprises qui restent responsables de l'alimentation du fonds.

Pour accompagner les réformes en cours dans le secteur de la formation, le Conseil fédéral a prévu de nouveaux moyens. Mais ces beaux projets sont remis en cause par le frein aux dépenses. Malgré les vœux pieux des partis bourgeois (en période préélectorale, qui ose être contre la formation?), ces investissements d'avenir ne restent que promesses. Un oui du peuple et des cantons à la lipa sera le moyen d'imposer des priorités.

La crise de la formation professionnelle met notre économie en danger: pour la résoudre, trois trains de mesures sont nécessaires. Premièrement des mesures urgentes pour faire face à la conjoncture, deuxièmement un renforcement de la qualité de la formation professionnelle et enfin un financement à long terme du système. Les deux premières conditions sont en partie remplies avec la nLFPr et la «task force». Le financement à long terme passe par l'initiative pour des places d'apprentissage.

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