Les émissaires du président Bachar al-Assad et les rebelles syriens tiennent donc de nouveaux pourparlers ces lundis et mardi à Astana, la capitale du Kazakhstan. Au cœur de cette «ex-République soviétique musulmane et turcophone toujours sous influence de Moscou, comme un symbole d’un monde qui change», fait remarquer Le Monde. C’est leur premier round de négociations depuis le début de la guerre en Syrie. Ces discussions devraient se concentrer sur la consolidation d’un fragile cessez-le-feu.

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Dans sa longue mais passionnante analyse, le quotidien français explique que ces discussions ont lieu «sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran, […] entre le régime de Damas et ceux que le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, appelle désormais les groupes armés ou l’opposition armée». Mais cette troïka «pour tenter de ramener la paix au Levant nécessitera encore beaucoup d’efforts de persuasion», selon La Libre Belgique, citée par Eurotopics. Si la Turquie est en proie aux «deliriums idéologiques» de son dirigeant, «la Russie sait très bien», elle, «que les contradictions syriennes ne pourront pas être résolues uniquement par la voie militaire, mais aussi par la voie politique, et qu’à cette fin, elle a besoin d’interlocuteurs. Mais on ne peut discréditer ces interlocuteurs en les qualifiant de terroristes», juge la Tageszeitung de Berlin.

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Cependant, il faut bien remarquer que «martelée sans relâche et avec dédain pendant des mois, l’expression «soi-disant opposition modérée» a disparu du corpus diplomatique russe sur la Syrie. Ce glissement n’est pas que sémantique. Depuis la reconquête par le régime des quartiers rebelles de l’est d’Alep, le Kremlin semble toujours plus décidé à transformer ce succès militaire, qui reste fragile, en une victoire diplomatique. Et pour cela, la présence de l’opposition syrienne et de sa branche armée est nécessaire.»

Certes, «l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura», est censé venir dans la capitale kazakhe, mais «les Américains semblent hors jeu, toujours selon Le Monde. […] Ils ont finalement été conviés, mais ils seront réduits à jouer les utilités dans les couloirs. […] Cette présence américaine est un geste du Kremlin vis-à-vis de la nouvelle administration de Donald Trump.» Marginalisés, donc, «les Occidentaux, comme les capitales arabes sunnites, appuient cette tentative d’établir un cessez-le-feu durable, malgré un certain scepticisme».

D’ailleurs, «l’Arabie Saoudite est accaparée de son côté par la guerre futile qu’elle mène au Yémen», écrivaient déjà au début de l’année le Hürriyet Daily News turque. Et de croire à une forme de «méthode Coué» inversée: si «les rebelles se retrouvent complètement livrés à eux-mêmes, leurs seules options consistent à se rendre, ou à périr dans l’ultime tranchée». Avec cette épée de Damoclès – une de plus – sur Astana, qu’a bien vue La Libre Belgique: comment «les orientations de la nouvelle administration américaine» pèseront-elles «sur les évolutions du terrain et sur le processus politique»?

Mais ce n’est peut-être pas là le problème majeur de ce sommet. Non, l’obstacle principal est que «l’opposition syrienne apparaît toujours aussi divisée» et l’on pourrait bien entendre des propos qui «s’annoncent plus militaires que politiques», d’autant que «soutenu politiquement et militairement par Moscou et Téhéran, Bachar el-Assad est en position de force, auréolé de sa victoire à Alep sur l’opposition modérée et les djihadistes qui ont tenu des années durant la partie orientale de la grande ville du nord de la Syrie», indique France 24. D’autant aussi que «les rebelles qui participent à la conférence […] ne représentent qu’une partie de l’opposition, celle qui combat le régime de Bachar al Assad au sein d’une alliance composite, l’Armée syrienne libre».

Tant de problèmes…

«L’ombre au tableau», c’est que «le plus important groupe combattant Ahrar al-Cham, refuse de participer à Astana, mettant en avant les «violations» de la trêve par les forces gouvernementales. Considéré comme proche de la Turquie, ce groupe fort de milliers de combattants assure qu’il pourrait malgré tout apporter son soutien aux décisions prises à Astana si elles servent les intérêts de la nation.» Des propos qui ne coûtent pas grand-chose.

Un autre gros problème est que ce nouveau cycle de négociations est «loin d’être la garantie d’une fin prochaine des attentats en Europe et en Turquie», déplore Dnevnik, en Slovénie. Car, on le sait, «c’est dans la poudrière syrienne» que Daech «s’est le plus développé ces dernières années sur le plan de la propagande. Avec ses combattants radicalisés, sur le champ de bataille proche-oriental comment en Occident, Daech dispose d’une force de frappe bien plus importante qu’Al-Qaida n’en a jamais eue. La lutte contre l’Etat islamique se poursuivra longtemps après la fin de guerre civile syrienne.»

L’illusion d’un cessez-le-feu

Bref, pour l’heure, «la conférence d’Astana est le fruit du retour de la totalité de la ville d’Alep dans le giron de l’Etat syrien», lit-on dans un autre article de La Libre Belgique. Alors, «le cessez-le-feu général, mais partiel dans les faits puisque l’armée syrienne en exclut la région de Damas, peut-il déboucher sur un véritable processus de négociations de paix, dont Astana marquerait le début? Il n’y a pas de cessez-le-feu. Ce qui sera discuté lors de la rencontre d’Astana au Kazakhstan, c’est un processus de cessation des opérations de guerre qui concerneront les groupes armés décidés à rejoindre le processus politique, confirme le quotidien belge, hormis bien sûr Daech, Al Nosra et leurs clones.»

Autrement dit: c’est un début, mais cela ne suffira pas à ramener la paix – et les Syriens – en Syrie.

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