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Astérix, toujours en vie mais déjà mort

Trente-huitième album des aventures du vaillant Gaulois, «La Fille de Vercingétorix» n’a rien pour lui. Mais pourquoi Astérix et Obélix ne meurent pas?

Gamin, comme beaucoup de gamins, j’ai aimé lire les aventures d’Astérix et Obélix, ce duo de Gaulois moustachus giflant du Romain tout en se chamaillant autour de la potion magique. Le Tour de Gaule d’Astérix et Astérix aux Jeux olympiques me plaisaient tout particulièrement. Et, comme les autres gamins, je m’amusais à inventer des noms abracadabrants finissant en «ix». Ce n’est que plus tard que j’ai vraiment pris conscience du génie de Goscinny, scénariste qui, bien plus que le dessinateur Uderzo, était le garant de la qualité des albums.

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En 2005, après des années de sevrage, j’avais lu Le Ciel lui tombe sur la tête, l’avant-dernier tome dessiné par Uderzo. Je n’aurais pas dû. Cette histoire fantastique narrant un conflit intergalactique entre un Tadsylwien (anagramme de Walt Disney) et un Nagma (manga) atteignait des sommets de nullité. Ce 33e tome prouvait de manière définitive que sans Goscinny, décédé en 1977, Uderzo n’était rien. On ne m’y reprendra plus, m’étais-je dit.

Or voilà que je viens d’acheter La Fille de Vercingétorix. Mais pourquoi, me direz-vous? Eh bien tout simplement parce que je me suis rendu compte, il n’est jamais trop tard, que la série a été reprise il y a six ans par le duo Jean-Yves Ferri-Didier Conrad. C’est le premier, scénariste des six volumes du Retour à la terre, qui m’a convaincu de retourner, pour la première fois en quatorze ans, dans le village des irréductibles Gaulois. Je n’aurais pas dû, bis repetita.

Mort clinique

La Fille de Vercingétorix raconte l’histoire de la fille de Vercingétorix, que ses protecteurs confient aux bons soins d’Abraracourcix. Mais attention, elle fugue. Et en effet, elle va fuguer. Astérix et Obélix vont la rattraper, et tout est bien qui finira bien. Tout cela sur 48 pages sans véritables rebondissements, et surtout sans gags dignes de Goscinny. Mais pourquoi diable faut-il que les héros de bande dessinée, comme 007, ne meurent jamais?

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Lucky Luke sans Morris, Les Schtroumpfs sans Peyo, Boule et Bill sans Roba? Non merci. Il y a évidemment des exceptions qui confirment la règle, à l’instar des bons Blake et Mortimer sortis après la disparition de Jacobs. Il y a aussi l’exemple de Spirou et Fantasio, qui en marge de reprises correctes sont régulièrement confiés aux bons soins de dessinateurs et scénaristes divers pour des cartes blanches – Le Journal d’un ingénu d’Emile Bravo et Panique en Atlantique de Lewis Trondheim et Fabrice Parme sont de pures merveilles. Astérix et son pote pas gros mais enveloppé sont, eux, en état de mort clinique. Ne serait-il pas temps de les laisser partir, comme Tintin, en son temps, a eu l’élégance de s’effacer?


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