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Le président français Emmanuel Macron aux côtés du président de la Fédération protestante de France à l'occasion d'une cérémonie marquant le 500e anniversaire de la Réforme. Paris, 22 septembre 2017.
© GONZALO FUENTES

Opinion

Les atouts du protestantisme réformé

OPINION. Le protestantisme n’est pas seulement un scepticisme généralisé «envers les dogmes établis», écrit le professeur de théologie protestante Henry Mottu. C’est aussi l’affirmation d’un Credo fondé sur l’art de l’interprétation de la Parole

Sans entrer dans une discussion sociologique et historique pour savoir si nous nous trouvons dans «un âge post-protestant», j’aimerais rappeler ici quelques atouts du protestantisme réformé sur le fond. Je dis bien: réformé, ce qui a des connotations fermes et précises qu’il convient de rappeler sereinement. Et d’abord, l’intelligence. Il était frappant d’entendre le pasteur Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, prêchant dimanche 29 octobre lors du culte télévisé au Zénith de Strasbourg, évoquer le terme d’intelligence, à la fois des Ecritures et du monde. Il avait raison. Dans le concert des confessions, la proposition réformée est une proposition de sens. Recherche de sens et foi ne font qu’un pour nous.

Nous ne prétendons pas avoir Dieu dans la poche, mais nous cherchons ensemble à éclairer (jamais imposer) le mystère du sens. Comme la théologienne alsacienne Marion Muller-Colard l’écrit magnifiquement: «Jésus choisit certainement ses disciples, non dans l’évaluation de ce qu’ils sont, mais de ce qu’ils cherchent». Peut-être pourrions-nous même retraduire la question centrale de Luther sur le «salut» en termes de recherche de sens. Peu importe finalement que nous soyons «sauvés» (que signifierait mon salut sans le salut de tous?), mais ce que nous voulons, c’est savoir si oui ou non ce monde a un sens. Où il va et comment nous devons nous y comporter.

Scepticisme

En outre, le protestantisme n’est pas seulement un scepticisme généralisé «envers les dogmes établis», une dénégation de «l’institution ecclésiastique», la liberté de conscience, etc. Certes, ce fonds de commerce protestant est bien présent dans les cœurs, dans la culture et surtout dans les attitudes concrètes. Or, Luther, Calvin, Karl Barth et leurs disciples ont commenté et fait étudier sans relâche le cœur de la foi chrétienne, le Credo, le Notre Père, les catéchismes, la christologie («Qui est aujourd’hui et qui était Jésus-Christ?»). Je sais bien que l’on n’aime pas ces termes, le plus souvent caricaturés, que sont «les dogmes», «l’institution», «le catéchisme». Mais nous avons un noyau dur, des fondamentaux, une structure de pensée biblique. Non pas pour embrigader les gens, encore moins les contraindre, mais pour les rendre libres. Le «dogme» est simplement un fil conducteur, une interprétation de la Bible et de l’histoire, une sorte de mesure, toujours révisable, de ce qui est à croire. La théologie protestante réformée n’est pas une religion «libérale», au sens commun du terme, ouverte et malléable à merci; notre théologie repose sur des textes à interpréter et à discuter, certes, mais sur des textes qui ont un sens et qui renvoient à une Parole. C’est ce que nous appelons avec Paul Ricœur l’herméneutique, c’est-à-dire l’art de l’interprétation.

Nous ne prétendons pas avoir Dieu dans la poche, mais nous cherchons ensemble à éclairer (jamais imposer) le mystère du sens

Notre doctrine a une histoire également, dont il faut tenir compte à chaque génération; elle implique une tradition à transmettre. Quand on parle des «Eglises historiques», je pense maintenant qu’il y a là paradoxalement une grande force, pas seulement des inconvénients et des culpabilités, mais de grands exemples de tentatives d’incarner l’Evangile dans l’histoire humaine. Or les contemporains ont justement de la peine à concevoir en religion une exemplarité historique, humaine, donc faillible, et préfèrent une spiritualité abstraite et finalement bien commode. Luther et ses partisans n’ont pas «inventé» une forme de christianisme, mais ils ont voulu retrouver sa forme authentique, et cela précisément avec toutes les limites et les ambiguïtés de la condition humaine.

Le paradoxe d’une laïcité protestante

Enfin, le protestantisme est bien une religion laïque et il est normal qu’il ait irrigué la société de ses «valeurs» humaines, familiales, politiques. Encore faut-il expliquer ce paradoxe d’une laïcité protestante. D’un côté, en effet, nous défendons ce que l’on appelle le «sacerdoce universel» des fidèles, c’est-à-dire leur prise de responsabilité à tous les niveaux. C’est la raison pour laquelle nous sommes comme réformés pour l’inclusivité, l’ordination des femmes, la prise en compte des nouveaux modèles familiaux, le respect de chaque personne. Notre projet est celui d’une Eglise de témoins. En même temps, cette ouverture est fondée sur l’Evangile, et par conséquent sur une régulation de foi. Il faut tenir ensemble les deux termes de cette dialectique: en même temps l’ouverture et la foi. Emmanuel Macron devant les protestants français l’autre jour les avait désignés comme étant «les vigies de la République». Ce rôle prophétique, donc ouvert sur l’avenir, n’est-il pas un ferment d’espérance?

Lire aussi: «Une religion trop libérale aura du mal à survivre»

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