Qui aurait pu imaginer, en 2010, que la rivalité entre l’OTAN et la Russie atteindrait à nouveau un pic aussi dangereux? A l’époque, le président russe Dmitri Medvedev, choyé par son homologue américain Barack Obama, était l’invité d’honneur du sommet de l’Alliance atlantique à Lisbonne.

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Il était question d’un vrai rapprochement entre la Russie et Bruxelles. Puis la relation s’est fortement détériorée avec l’annexion russe de la Crimée en 2014. La brutalité actuelle de l’agression russe en Ukraine a tout fait basculer. Medvedev lui-même est devenu l’un des éléments les plus belliqueux du régime Poutine. Une transformation révélatrice de la disruption géopolitique que le maître actuel du Kremlin a voulu provoquer par la destruction fratricide de l’Ukraine.

Un signal puissant

L’OTAN est en passe de trouver une unité et une solidité dont l’organisation, créée en 1949, n’a jamais pu se targuer. La demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande, deux pays neutres, est sans doute le fait le plus marquant d’un changement d’époque qui interpelle jusqu’à la Suisse. Le tournant historique de l’Allemagne – longtemps pacifiste sous la contrainte morale qu’elle s’était auto-imposée en raison de son passé – est aussi un signal puissant. Berlin a décidé de consacrer plus de 100 milliards d’euros à la mise à niveau de la Bundeswehr et d’assumer ses contributions à l’OTAN à hauteur de 2% de son PIB.

Les relations entre les alliés européens et les Etats-Unis n’ont pas toujours été au beau fixe en matière de défense. La guerre d’Ukraine a resserré les liens de manière inattendue entre des Etats membres qui voient dans l’OTAN une organisation non seulement militaire mais aussi vouée à défendre les valeurs démocratiques face aux Etats autoritaires.

Un défi à relever

Ce renouveau de l’Alliance atlantique recèle toutefois plusieurs pièges. Le premier concerne les Etats-Unis. Washington pourrait être tenté d’élargir le spectre des activités de l’OTAN jusqu’à la région indo-pacifique comme en Afghanistan. La Chine craint déjà de devenir officiellement à Madrid une rivale stratégique de l’Alliance atlantique. Le second concerne l’Europe. Si cette dernière peut momentanément oublier son idéal de défense commune européenne, elle devra néanmoins trouver l’espace nécessaire pour s’affirmer comme une puissance autonome qui compte entre la Chine et les Etats-Unis. Un sacré défi.