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Vue de Douma au lendemain de l’annonce par Damas que toutes les forces anti-gouvernementales ont quitté cette banlieue de la capitale syrienne. 17 avril 2018.
© STRINGER

Incidences

Attaque chimique: ils ont les mains blanches…

OPINION. La neutralité ne consiste pas à dire qu’on ne sait rien tant que l’ONU ne sait pas, explique notre chroniqueur François Nordmann à propos de l’attaque chimique dans la banlieue de Damas. Il pointe du doigt les «Putinversteher», qui entretiennent la confusion par leur désinformation

Les «Putinversteher» ont un nouveau dada. Ils relaient la désinformation relative à l’emploi d’armes chimiques en Syrie. Ils citent volontiers à l’appui de leurs thèses l’appel à la modération qu’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a lancé au Conseil de sécurité, et qui plaidait pour la création d’un organisme impartial d’inspection capable d’attribuer les responsabilités en cas d’utilisation d’armes chimiques. Nos irénistes ne se préoccupent pas de connaître les circonstances qui ont provoqué cet appel. De leur point de vue, il ne pouvait pas y avoir d’attaques chimiques, car Assad, ayant gagné la guerre, n’allait pas bêtement s’attirer les foudres des Occidentaux en recourant à ce type d’armes en fin de partie. Ce disant, ils occultent deux faits majeurs.

Veto russe en question

1) Les propos d’Antonio Guterres sont restés sans suite, parce que la Fédération de Russie a opposé son veto à la résolution qui avait précisément pour objet de rétablir le mécanisme d’inspection que le secrétaire général appelait de ses vœux, et qui existait jusqu’à l’année dernière. Ce veto paralysait l’ONU: il aurait donc fallu en prendre acte et rentrer chez soi, tant pis pour le système multilatéral dont on se serait gaussé de l’impuissance? C’est le mérite des puissances occidentales d’avoir réagi contre la prolifération des armes chimiques et réaffirmé le droit international en la matière. Il y a un lien de causalité entre le veto opposé par la Russie et les frappes aériennes et navales.

2) Les pacifistes à tout prix prétendent que l’emploi d’armes chimiques n’obéissait à aucune logique militaire. En fait, c’est le contraire qui est vrai. Au cours d’une offensive urbaine massive à Douma, les forces syriennes sont parvenues à séparer trois groupes de combattants rebelles. Devant l’intensité des bombardements, deux de ces groupes (Ahrar el-Cham et Failaq el-Rahman) ont alors négocié leur reddition. Le troisième, Jaich al-Islam, s’est scindé en deux: une partie de ses combattants refusait de se rendre. Pour les réduire, le régime syrien a ajouté l’emploi de gaz aux bombardements intensifs afin de déloger les insurgés tout en terrorisant la population civile et hâter ainsi la conquête de la Ghouta orientale. Ce mode d’opérer a déjà pu être observé à plusieurs reprises dans ce conflit. Le recours opérationnel à l’arme chimique a donc du sens d’un point de vue stratégique et tactique, il épargne les troupes du régime et lui assure de pouvoir avancer à moindres frais en brisant ou détruisant toute résistance, comme l’indique l’évaluation nationale publiée par le gouvernement français. C’est précisément contre la banalisation de l’emploi de l’arme chimique et l’indifférence de l’opinion publique que l’intervention occidentale était nécessaire. Semer le doute, c’est protéger Bachar. In dubio pro Russia.

La neutralité n’excuse pas tout

Personne n’est obligé d’approuver les frappes aériennes si l’on ne veut pas prendre parti, mais il convient au moins d’en expliquer les circonstances et d’en comprendre les raisons. Les preuves formelles de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques sont difficiles à réunir, dix jours après les faits – on a vu les obstacles mis sur la voie des enquêteurs, qui de toute façon ne sont pas autorisés à se prononcer sur la provenance des substances qu’ils pourraient détecter. Mais on ne peut pas non plus invoquer simplement l’ignorance. La neutralité ne consiste pas à dire qu’on ne sait rien tant que l’ONU ne sait pas. A quoi servent nos propres services de renseignement, si ce n’est à amasser des informations de cette nature et d’en tirer des conclusions? A quoi servent les rapports de cinq mission et ambassades (Washington, Moscou, Paris, Londres et New York) si les responsables ne les lisent pas et si la centrale n’est pas en mesure de les évaluer en temps réel? Il ne suffit pas de se réclamer des valeurs occidentales du bout des lèvres et de suivre ensuite une ligne de neutralité frileuse quand ces valeurs sont piétinées. Comme le disait déjà Sartre, «ils ont les mains blanches mais ils n’ont pas de mains…»

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